visite guidée des parcs, jardins et paysages de Paris


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Liste des articles dans la catégorie I. HISTOIRE DE L’ART DES JARDINS.

LE PARC DU CHEMIN DE L’ÎLE À NANTERRE (92000) : LE POINT D’EXCLAMATION DE L’AXE SEINE-ARCHE

Le parc du Chemin de l’île est un nouvel (2006) espace de détente et de loisirs de 14,5 hectares.

La mise en scène du lieu mêle tout à la fois, grands espaces libres, aires de jeux, lieux de promenade.

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Accessoirement, aménagé en bord de Seine, à l’extrémité Nord de l’axe allant de l’Arche de la Défense à la Seine, il dépollue l’eau de la Seine… pour la servir aux jardins familiaux situés à son extrémité Nord-Est.

Le chantier a été conduit selon les critères d’exigence de Haute Qualité Environnementale.

Réconcilier ville et nature

L’aménagement de ce lieu, étiré entre des franges disparates, violemment marqué par la présence de routes et de viaducs, de pylônes, de souffleries qui dispersent de l’air vicié, ne peut se résumer à un simple maquillage. Pour l’atelier Acanthe, le futur parc des bords de Seine doit être un lieu de vie, le cœur d’une alliance entre la ville et la nature. Un véritable système biologique et non une verdure récréative. En prenant la nature pour alliée, l’atelier se saisit de ses éléments : l’eau, l’air, la terre… Le parc s’ouvre sur le fleuve et crée un espace de respiration par la présence d’une vaste plaine.

Un parc intégré dans une démarche de développement durable

Le projet vise en outre à développer une nature ordinaire mais variée. Ainsi, aux côtés des zones horticoles ou gazonnées, le parc s’ouvre sur des prairies fleuries, des mares, des arbres isolés, des haies, des petits bois aux rôles écologiques différents. La dimension de développement durable est vraiment partie intégrante du projet : prise en compte de la biodiversité, traitement de l’air, utilisation de l’énergie solaire, traitement et gestion rationnelle de l’eau, gestion de la biomasse grâce à son traitement sur place en cycle fermé, réduction des nuisances sonores. Même orientation pour les berges. Leur valeur écologique sera augmentée par différents aménagements : des graviers pour la ponte des poissons, des vasières pour les insectes et les batraciens. Le dispositif de ce secteur comprend un gabion immergé, la création d’une zone de littoral peu profonde plantée de végétations aquatiques et de substrats variés.

L’exemplarité écologique au service de l’urbanisme

Sur le chantier, le recyclage des matériaux est systématiquement privilégié afin de limiter la production de déchets ainsi que le transport et la circulation des engins de chantier. Les matériaux utilisés ont été choisis pour leur neutralité sur le milieu. L’imperméabilisation des bassins et contre-fossés est assurée à 80 % par l’utilisation de gisements d’argiles présents sur le terrain. Les matériaux de démolition des bâtiments sont concassés sur place et réutilisés pour les fondations des allées. Quant aux arbres et autres végétaux supprimés, ils sont broyés et transformés en mulch qui sera utilisé comme engrais naturel au moment des plantations. L’implantation de jardins filtrants permettra de gérer l’eau de manière rationnelle. Ces jardins purifient naturellement l’eau pompée dans la Seine, qui sert ensuite à l’arrosage du parc et des jardins familiaux, ou retourne épurée dans le fleuve, favorisant ainsi la constitution de frayères (lieu où les poissons fraient).

Quatre bâtiments HQE

locaux administratifs
le pavillon des berges : restauration
le pavillon de la garde équestre : écuries
la maison du parc : expositions/informations/orientation du public

Leur construction atteint 6 objectifs de la HQE : elle se distingue particulièrement par les matériaux employés (bois, métal et couverture en zinc) et par leur modularité.

Biodiversité

Fondé sur la préservation durable des ressources et de l’environnement, ce parc restaure un véritable écosystème dans lequel faune et flore s’enrichissent mutuellement. Situé en face du futur parc, l’île Fleurie, un site protégé, constitue un refuge pour l’avifaune et de nombreux animaux. Ce réservoir naturel a favorisé le maintien d’une biodiversité sur les rives de Nanterre, où subsistent encore des espèces peu courantes de plantes et d’insectes. Ce capital sera préservé et développé par des aménagements de type « génie écologique » qui restaurent des « mini-écosystèmes » : mise en place de frayères et de sols de graviers pour la ponte des poissons, création de vasières pour divers insectes et batraciens, contre-fossé en mare naturelle pour permettre l’installation d’une végétation aquatique, etc.

Parole de paysagiste

Membre de l’équipe de Guillaume GEOFFROY-DECHAUME à l’atelier de paysagistes Acanthe, Ronan GALLAIS est responsable de la maîtrise d’œuvre du parc du Chemin de l’Île.

- Quelles étaient les principales contraintes de ce projet ?
- Elles tenaient pour l’essentiel au passé industriel de ce site : carrières d’exploitation au début du siècle, entreprise de métallurgie, et plus récemment les tracés des autoroutes A 14 et A 86 et celui du RER A s’y sont succédé. Le parc devait fédérer tous ces éléments. À cela, il fallait ajouter la Seine, l’axe historique de La Défense et la présence de la ville, Nanterre.

- Avec l’ouverture sur la Seine et la présence de jardins aquatiques, l’eau semble avoir été un des éléments fondateurs du futur parc…
- L’élément spécifique premier est en effet l’eau. Tirée du fleuve, elle est véhiculée le long d’un canal recouvert d’un caillebotis : les promeneurs pourront la voir et l’entendre s’écouler sous leurs pas. Quant aux jardins aquatiques, ils illustrent les différentes étapes naturelles de sa filtration et de sa dépollution par les plantes.
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- Ce parc s’inscrit dans une logique de développement durable. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour les futurs promeneurs ?
- Le visiteur est acteur. Il lui est donné l’occasion de reprendre possession de son milieu, et notamment de son fleuve. Ce parc est conçu en bonne intelligence avec son environnement, a contrario des milieux urbains anonymes, constitués en totale ignorance des espaces, des reliefs, de la flore ou de la faune locales. Le développement durable équivaut à l’instauration d’un espace viable à long terme. Dans cette logique, les énergies renouvelables auront toute leur place : l’énergie solaire alimentera la maison du parc et la guinguette, l’eau de l’arrosage sera pompée grâce à l’énergie éolienne, et enfin, tous les déchets du parc seront traités dans notre zone technique et les composts végétaux seront réutilisés pour enrichir les sols.

A ne pas rater

le mobilier :
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les circulations :
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la statuaire, digne de l’axe historique, commencé au Jardin des Tuileries !

Accès

RER A : Nanterre Ville et 10 min de marche


DE LA PLACE DE L’ÉTOILE AU CHÂTEAU DE VINCENNES EN PASSANT PAR L’ALLÉE ROYALE : un rapide aperçu de l’histoire du Bois de Vincennes

Les rois de France, légendairement amateurs de chasses, s’intéressent au Bois de Vincennes à partir de Philippe Auguste (XIIe s.) : un manoir de chasse est construit sur le périmètre de ce qui va devenir le vaste château que l’on connaît.
De ce manoir, il ne reste qu’une partie des fondations, côté Tour du Village, à l’opposé du bois. Bientôt il a fallu agrandir le manoir : les amateurs de chasses royales se font plus nombreux et les services se multiplient avec eux.

Charles V décide de s’installer à Vincennes. Il fait mettre en chantier la Chapelle Royale, et construire en un temps record l’incroyable donjon (le plus haut, conservé de l’époque médiévale en Europe). Se mirant dans l’eau qui l’entoure, la Tour de tous les fiefs, superbe et imprenable, impose le respect aux agités des provinces. Le domaine du château est fortifié : il est ceint d’un mur, de douves en eau (à sec et en partie comblées aujourd’hui), et d’encore un mur, plus haut que le premier, avec des tours aux 4 angles et aussi à mi-longueur des murs. Seule la Tour du Village a conservé son allure et sa hauteur : toutes les autres seront arasées par Napoléon Ier pour des raisons défensives qui m’échappent. Derrière les murs, tout un village peut tenir le siège. Plusieurs sources sont captées et amenées au château. L’une d’entre elles arrive à un puits sous le Donjon exactement. Quand la ligne du métro ayant pour terminus Château de Vincennes a été construite, elle a coupé le parcours de cette source détournée : le terrain sous le donjon s’est desséché de manière différentielle : les fondations de la colonne unique qui porte tous les planchers et plafonds sur 5 étages, a commencé à s’afaisser, par comparaison aux fondations des murs du donjon, plus larges et distantes de l’arrivée de la source. Jusqu’au moment où les forces croissantes qu’elle distribuait l’ont fait éclater. Le donjon fut aussitôt fermé et bientôt mis en travaux. Il a été sauvé par un chantier de restauration titanesque et rouvrira cette année 2010 tous ses étages à la visite.

Après Charles V, François Ier passera aussi sur le domaine et terminera la Chapelle, par égard dans le style où elle avait été commencée XXXannées plus tôt.

Louis XIV passera bien du temps à Vincennes, avant de s’installer à Versailles, mis en chantier dès XXX, mais qui ne sera pas au moins un minimum habitable avant XXX. Louis XIV entrera dans le domaine avec sa jeune épouse, par la Porte Triomphale, ancienne Tour du Bois reprise et pour le moins écrêtée par son architecte, LE VAU. Celui-la même qui va remettre au goût du Roi, aujourd’hui dit classique mais tellement moderne à l’époque, toute la partie côté bois du quadrilatère du château. LE VAU va diminuer la hauteur de la muraille médiévale défensive donc opaque et surtout ajourer la hauteur du mur qu’il conserve ; insérer 2 pavillons classiques le Pavillon du Roi côté Ouest et le Pavillon de la Reine côté Est ; enfin, rajouter une galerie parallèle, garnie de statues, pour finir l’écrin qu’il a fait sur ordre de son Roi.

La sortie du château côté bois, se prolonge à l’origine par l’allée royale. Cette continuité est hélas rompue depuis XXX par le Quartier Carnot, ensemble de bâtiments sans intérêt excessif, qui abritent la Garde Nationale. L’Allée Royale, restituée dans les années xxx, plantée de chaque côté de 2 rangées de platanes au lieu de chênes, offre une belle largeur. 1000 mètres après le Quartier Carnot, l’Allée arrive sur une place ronde, à partir de laquelle des parcelles triangulaires sont distribuées par des allées en étoile. Jusqu’au début de cette année encore, la place était plantée de charmille à hauteur d’homme, d’où on pouvait voir, au moment des chasses, dans quelle parcelle les rabatteurs resserraient le gibier.

C’est cet ensemble château – Allée Royale – Place de l’Etoile qui est le plus caractéristique d’un parc de chasse royal classique.

Le bois sera assez fortement remanié par l’équipe haussmannienne, pour l’amener dans le goût de l’époque : paysagé à l’anglaise.

A ne pas rater : le château, le donjon ; dans le bois, la Butte aux Canons, donnant une belle vue sur le château avec sa chapelle et plus largement sur l’Est parisien


PARC DE LIVRY À LIVRY-SUR-SEINE (77000) : UN NOUVEL ESPACE NATUREL SENSIBLE VIENT D’OUVRIR

SEINE-ET-MARNE (77) > Livry-sur-Seine(77000) au sud de Melun

plan de situation du Parc de Livry (-sur-Seine)

Le site, en bord de Seine, comprend des parties boisées, des prairies, des étangs, une roselière, un embarcadère.

Plus de 8 km de cheminements sont ouverts aux piétons, dont une boucle balisée de 3,5 km.

Comptez au moins 2 heures de balade.

UN ESPACE NATUEL SENSIBLE D’ENVIRON 175 HECTARES

L’emprise, représentant une grande partie de l’ancien parc du château de Livry-sur-Seine (XVIIe s.), a été racheté en 2003 par le Conseil Général de Seine-et-Marne, pour plus de 960 000 €.

Le Conseil Général l’a aménagé à partir de 2004, en accord avec les 2 communes concernées de Livry et Chartrettes.

Un premier aménagement concerne le circuit central, en 2004.

En 2009, une parcelle qui longe la Seine a été acquise pour compléter cet espace configuré en Espace Naturel Sensible (ENS). 300 000 € ont été investis pour réaliser les aménagements, de la fin de l’été 2008 au printemps 2009.

Son intérêt écologique vient de ce qu’au XXe s., l’exploitation des alluvions avait fortement modifié le site dans sa frange Ouest, créant ainsi une grande variété de milieux dont plusieurs plans d’eau et des habitats pionniers :
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Un observatoire à oiseaux en libre accès a été installé sur le plan d’eau.

L’aménagement a été terminé à l’automne 2009.

UN PARC OUVERT DEPUIS PEU

L’inauguration en a été faite le 9 juin dernier, par M. EBLÉ, Président du Conseil Général de Seine et marne, a eu lieu le 9 juin 2010, en présence de Mme. GAGLIARDI, Maire de Chartrettes, et de M. LE MAOULT, Maire de Livry-sur-Seine.

Le parc est désormais accessible au public, mais (attention !) il ne s’agit pas d’un parc de loisirs, mais d’une zone écologique. Une cinquantaine d’espèces de papillons de jour y ont été recensés. Les promeneurs trouveront aussi une dizaine d’espèces d’orchidées différentes et des mammifères et insectes intéressants. La cueillette (baies, champignons…) est réglementée mais pas interdite.

Seuls les piétons et les cyclistes sont autorisés à s’y promener : un petit parking de vingt places est en cours d’aménagement du coté de Chartrettes.

ACCÈS

gare de Livry-sur-Seine, depuis Paris Gare de Lyon (direction Melun – Héricy – Montereau).


LE PARC À FABRIQUES DE MÉRÉVILLE : LE JOYAU PITTORESQUE DE BÉLANGER ET HUBERT ROBERT

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Issu d’une modeste famille béarnaise, né en 1724 à Jaca (Espagne), Jean-Joseph LABORDE rejoint à l’âge de l’adolescence son cousin qui est à la tête d’une compagnie maritime d’import-export à Saint-Jean-de-Luz. À la mort du cousin, il reprend les rênes de la compagnie familiale et bâtit son immense richesse sur cette base. Il s’enrichit ainsi grâce au commerce transatlantique, approvisionnant les colonies en matières premières et en rapportant les produits les plus intéressants financièrement (fruits tropicaux, arbre d’essences rares…) et participe à la traite des Noirs. Il possède d’ailleurs des terres à Saint-Domingue (Haïti), qu’il fait exploiter pour le sucre.

Cette ascension fulgurante, comparable à celle de nombreux bourgeois au siècle des Lumières, lui permit de s’élever et de fréquenter des nobles. De même, sa richesse lui permit d’acquérir de nombreux domaines.

Il devient fermier général (1759-1767) sur la proposition de son ami le duc de CHOISEUL.

Il s’est installé en 1764 dans le château de La Ferté-Vidame qu’il aménagea à son goût en s’entourant de nombreux artistes, mais il en fut chassé en 1784 par le duc de PENTHIÈVRE, suite à un jeu de chaises musicales, lui-même étant chassé de son domaine de Rambouillet par le roi Louis XVI, qui convoitait ses terres giboyeuses.

Il aurait alors été nommé marquis par compensation : sympa comme manière de trouver du réconfort !

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Méréville, domaine qu’il acquiert en 1784 (joli cadeau pour ses 60 ans !), sera la dernière de ses propriétés – but not least, comme disent les Anglais…

UN LIEU AVEC UN REMARQUABLE POTENTIEL PAYSAGER

Le château qui se trouve sur le domaine sera à revoir. Il avait été aménagé en 1768, pour un conseiller du roi (Jean DELPECH), sur les restes d’une forteresse médiévale.

Le paysage (au-delà d’un jardin de faible envergure) sera à revoir aussi. À l’origine, il s’agit d’une cuvette grossièrement circulaire, aux bords assez raides (particulièrement à l’est), traversée du sud au nord par la Juine, qui décrit, à l’ouest, un ample coude agrémenté de charmantes sinuosités et tend plusieurs bras aux contours irréguliers – puisque naturels. Mais, après 10 ans de travaux, le paysage -c’est certain- est devenu tout à fait époustouflant :
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UN CHANTIER TITANESQUE (ET DES DIFFICULTÉS À L’ÉCHELLE)

Les moyens pratiquement illimités du marquis de LABORDE permirent de conduire les travaux sans relâche.

Menés avec 400 ouvriers, plusieurs architectes et sculpteurs de renom, ils furent achevés en neuf ans, mais ils n’allèrent pas sans mal :
- alors qu’il était presque achevé, le Temple de la Piété Filiale s’engloutit subitement dans la tourbière, la couche formant le fond ayant cédé brutalement. Les pierres, englouties dans la profonde excavation qui s’était formée, furent récupérées du mieux possible et le temple remonté sur un sol moins exposé, au sommet de la rampe des roches. Le décor initial de stuc doré fut perdu et remplacé par le marbre blanc actuel. MÉZIÈRES, sculpteur des parties nobles du temple, dut recommencer une partie des chapiteaux. Par la suite une partie des arches s’effondrèrent…
- l’arche du Pont de Roches, qui subsiste, est nettement surbaissée par rapport au niveau initial visible sur les gravures de l’époque. Un auteur signale dés 1840 un enfoncement de 6 ou 7 pieds (deux mètres).
- les grottes flanquant l’arche de chaque côté présentaient deux niveaux superposés. Le niveau inférieur est un mètre et demi sous l’eau, alors qu’il était a priori conçu pour y pénétrer a pied sec. L’enfoncement se serait produit quelques mois après la construction – motif (prétexte ?) de malfaçon que LABORDE aurait saisi pour justifier le renvoi de BÉLANGER…

LES PAYSAGISTES À L’OEUVRE

Le domaine sera constitué de 2 parts inégales : un Grand Parc (90 ha), sera séparé d’un Petit Parc (une dizaine de hectares sur le platau est, en hauteur). Les deux seront séparés par une route publique, et communiqueront par le Pont du Milieu.

Dans le Grand Parc, l’essentiel restera un bois, sauf un extraordinaire potager (probablement bio à l’époque), le Marquis étant féru de botanique et de science :

les futures fabriques (une vingtaine) se trouveront concentrées sur une trentaine de hectares, mises en valeur notamment sur des îles et des promontoires, au coeur de l’ensemble, dans cette cuvette qui, accentuée, offrira des perspectives flatteuses, à travers un paysage très pittoresque -CHATEAUBRIAND dira même romantique.

François-Joseph BÉLANGER, l’architecte de Bagatelle et de la Folie Saint-James, commença par être chargé de dessiner le nouveau parc. Mais il en sera déchargé dès 1786, au bénéfice d’Hubert ROBERT.
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À l’inverse de son prédécesseur, qui cherchait trop à imposer ses vues et amenait à des dépenses somptuaires, Hubert s’entendit très bien avec son commanditaire. Toutefois, en admirateur de Bélanger, il eut l’intelligence de ne rien remettre en cause des grandes lignes arrêtées – et déjà fort avancées, au demeurant.

On doit en effet à BÉLANGER la modification du parcours de la Juine, la forme du Grand Lac, le tracé des chemins, l’ordonnancement des plantations et le dessin de certaines fabriques, notamment le Moulin ou le Pont de roches.

ROBERT adopte une démarche artistique originale. À la différence d’un architecte traditionnel, il traduit ses projets en peinture : chaque espace du jardin est conçu comme un tableau naturel, l’un se juxtaposant à l’autre pour former le jardin idéal. Hubert ROBERT a conçu entre autres le Grand rocher, le Cénotaphe de Cook, la Laiterie, la Maison du jardinier, la Forteresse, la Citadelle, le Colombier, la Fontaine au mufle de lion et les formes des enrochements. Il fait peindre certains rochers peints en ocre, en rose ! A partir de 1790, c’est au tour du Petit Parc à être aménagé : il comportera neuf fabriques, dont la Tour Trajane.

Son inépuisable source d’imagination sera l’Italie, où il a fait son Grand Tour. Il est troublant de comparer sa Villa Gregoriana à Tivoli :
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avec sa vue du Pont ruiné :
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Au fond, la rivière avait engendré une tourbière : un terrain qui, du point de vue technique, va se révéler très difficile à aménager…

Par curage et remblaiement on aménagea des îles entourées de biefs s’élargissant en étangs. Des passerelles enjambaient les biefs.

A l’est une dérivation de la Juine, la rivière anglaise, anime le paysage, draine les prairies et recueille au passage les eaux de la grande cascade.

D’énormes masses de rocailles furent constituées par apport de blocs de rochers cyclopéens liés à la chaux. Elles vinrent s’appuyer en contrefort aux bords de la cuvette, s’avançant en promontoires et belvédères. Des cavités ménagées dans la masse l’allégeaient et formaient des grottes. L’aménagement n’est pas sans rappeler la jeunesse pyrénéenne du marquis, au pays basque.

Des arches du même appareil joignaient les masses les unes aux autres, créant des ponts enjambant les bras de la rivière ou des sentiers encaissés.

Les plantations recherchées, le Marquis étant amateur de plantes et de voyages de découverte, apportaient un soutien important à la composition :

- sur l’île Nat(h)alie, un bosquet d’essences variées, dont une essence récemment acclimatée à l’époque : le tulipier de Virginie ;
- les grandes roches étaient couronnées de conifères sombres, qui y maintenaient une ombre dramatique, en plus d’autres plantes rares nichées entre les jaillissements d’eau ;
- le pourtour de la grande rampe, avec des espèces méditerranéennes entourant le temple, des amandiers au pied de l’enrochement et des pervenches faisant un tapis bleu sous le pont ruiné ;
- le chemin menant au cénotaphe de COOK était bordé d’essences sombres, pour tenir le promeneur en attente d’une effet de surprise…

LES FABRIQUES DU PARC (MONUMENTS HISTORIQUES)

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a : Pont d’Acajou
b : Pont des Boules d’or
c : Pont Cintré
C : Château
Ck : emplacement du Cénotaphe de COOK
G : Grandes Roches, Nymphée, Grande Cascade, Belvédère
L : emplacement de la Laiterie
M : Moulin du Pont
PF : emplacement du Temple de la Piété Filiale, Grande Rampe, Arche Ruinée
R : Pont de Roches, Petite Cascade
T : Colonne Trajane

Dans le Grand Parc :

G – les Grandes Roches
- les Grottes des Demoiselles
- la Grotte au nord de l’ancienne Laiterie
- les Grottes sous l’ancien Temple de la Piété Filiale
a – le Pont d’Acajou
b – le Pont des Boules d’or
c – le Pont Cintré
R – le Pont des Roches

Entre le Grand et le Petit Parc :

- le Pont du Chemin

Dans le Petit Parc :

T – la Colonne Trajane
- parties subsistantes du Fort : 1, avenue Raymond-Poincaré
- parties subsistantes des Écuries Anglaises : 3, avenue Raymond-Poincaré
- parties subsistantes du Petit Château : 1, avenue de Laborde
- parties subsistantes de la Fausse Chapelle : route de Saint-Cyr

Au sud du pont sur la Juine :

- le Lavoir :
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Au Parc de Jeurre (fabriques remontées) :

L – la façade avant de la laiterie :
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PF - le Temple de la Piété Filiale (par BÉLANGER, resté sur le chantier alors qu’il était congédié). Dédié à la fille de LABORDE, Nat(h)alie : l’intérieur est décoré par un buste en marbre à son image, sculpté par Augustin PAJOU :
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PAJOU sculpte le portrait d’une jeune fille rêveuse, qui vit sans le savoir ses derniers moments d’innocence avant une destinée tragique. La beauté du modèle et la finesse d’exécution en font l’un des plus beaux portraits de femme de la sculpture du XVIIIe siècle.

- la Colonne Rostrale. Construite en hommage à ses deux fils, Edouard (1762-1786) et Ange Auguste (1766-1786), dont la nouvelle de la disparition arriva en 1787. Les deux jeunes hommes périrent ensemble au large de Vancouver, dans la baie des Français, au cours de l’expédition La Pérouse. La colonne était à l’origine bâtie sur une petite île, au cœur du grand lac.

Ck – le Cénotaphe de COOK

HOMMAGE AUX ARTISTES

Comme on ferait dans le générique à la fin d’un film (et quel film !), rappelons les noms des artistes, artisans, techniciens (les principaux en tout cas) sans le talent et l’acharnement desquels Méréville n’aurait pas existé (en tout cas sous cette forme d’excellence) :
- François-Joseph BÉLANGER, architecte : première phase de réalisation, conception générale des enrochements, Pont de Roches
- Hubert ROBERT, peintre : ensemble des bosquets, implantation des fabriques, Laiterie. A peint de nombreux tableaux du parc.
- J. ANDRÉ, maître d’oeuvre de la Colonne Trajane (sur des esquisses d’Hubert ROBERT)
- MÉZIÈRES, sculpteur : Temple de la Piété Filiale
- HERMAND, stucateur : caissons de la coupole du Temple
- Augustin PAJOU (sculpteur) : buste du capitaine Cook, statue de Natalie de LABORDE (ornait le Temple de la Piété Filiale)
- CARBILLET, menuisier
- LELEU, ébéniste
- Claude-Joseph VERNET et GREUZE, peintres : décoration et représentations (paysages) de Méréville

Concernant le paysage, il faut rajouter à BÉLANGER et Hubert ROBERT :
- DUFOSSÉ, architecte hydraulicien
- LOISEAU, jardinier

UN RÊVE FULGURANT

Commencées en 1786, toutes les fabriques du parc sont réalisées et les travaux sur le château sont en voie d’achèvement en 1789. Déjà 1789…

A partir de 1790, LABORDE prend ses quartiers à Méréville où il tient le salon, ce qui participe d’autant à la renommée du domaine. Mais les évènements nationaux précipitent la fin du marquis : il sera condamné par le tribunal révolutionnaire et exécuté le 18 avril 1794. Ses biens seront saisis.

Dès 1796, le domaine et une partie du mobilier sont restitués à sa veuve, Rosalie de LABORDE. Elle réinvestit Méréville et réunit des artistes, hommes d’Etat et écrivains tels Elisabeth VIGÉE-LEBRUN et François-René DE CHATEAUBRIAND dans l’esprit des salons d’antan.

Mal conseillée, elle vend en 1819 la propriété et une partie du parc à des acquéreurs peu scrupuleux qui dénaturent le château et le vident de toutes ses richesses. L’histoire du domaine connaît alors des heures sombres.

En 1824, le Comte DE SAINT-ROMAN, nouveau propriétaire du domaine, tente de redonner une certaine magnificence au parc en construisant de nouvelles fabriques – la Ferme suisse, avec une vacherie et un colombier. Mais ses successeurs se désintéressent du domaine, et le site est peu à peu abandonné. A tel point qu’à la fin du XIXe siècle, lors d’une liquidation des biens, le comte de Saint-Léon, propriétaire du domaine de Jeurre – situé aux portes d’Etampes, réussit à acquérir cinq fabriques qu’il fait démonter puis remonter dans son parc où elles sont encore visibles : la façade de la Laiterie, le Temple de la Piété filiale, le Cénotaphe de Cook, la Fontaine au mufle de lion et la Colonne rostrale.

En 1977, le Grand Parc et certaines parties du château sont classés au titre de Monuments Historiques ; le Petit Parc fait l’objet l’année suivante d’une inscription à l’Inventaire supplémentaire.

LA NOUVELLE VIE DU DOMAINE

En 1990 un groupe japonais acheta le domaine pour y réaliser un golf.

Ce projet fut abandonné, et F. D’ORMESSON, fortuitement concerné à titre professionnel par cette affaire, prit courageusement en charge la sauvegarde du site. Il a créé dans ce but l’AJRM, association de la loi de 1901 « les amis du jardin XVIIIème d’Hubert Robert à Méréville ».

En 1998, le Conseil Général de l’Essonne s’était engagé sur le principe d’acquérir le domaine pour le réhabiliter. Après un changement de majorité la décision d’achat fut différée jusqu’au début septembre 2000.

Depuis, le Conseil Général, aidé par la Région Île-de-France et l’État, a déjà réalisé 2 campagnes de travaux (travaux d’urgence et de sauvegarde en 2003-2005 et travaux de sécurisation en 2007-2008) et une 3e campagne est en cours (2008-2010 : reconquête du site et la découverte de scènes paysagères majeures).

QUELQUES REGRETS

- la plupart des fabriques sont malheureusement très dégradées et les plus précieuses sont à Jeurre ;
- la seule fabrique véritablement conservée est, dans le Petit Parc, la « colonne Trajane » (1790-1791), mais elle se trouve au centre d’un carrefour : cette partie détachée du parc principal a en effet été lotie
- les plantations de rapport, qui ont remplacé les arbres remarquables abattus à la fin du XIXème siècle pour le commerce du bois, ont périclité. Quoique substantiellement dégagées, elles restent touffues et sans lustre.
- les passerelles subsistantes sont l’ombre de leur magnificence, en particulier le pont des Boules d’Or et le pont d’acajou.

À NE PAS RATER

- la colonne Trajane, propriété de la commune, est accessible au moins lors de la Fête du Patrimoine : on peut contempler le lointain depuis 37 mètres de haut !
- dans le Grand Parc, les rocailles, encore en place pour la plupart, offrent un réseau de grottes, arches, cavités (circulables !!) qui permettent d’apprécier l’ampleur des aménagements et de retrouver, au moins en partie, certaines perspectives spectaculaires
- la massive saillie du Pont de Roches au dessus de la Juine, avec la vue en échappée sur le château, offre sans doute la perspective la plus proche de l’époque :
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- il subsiste des restes de la majorité des fabriques et…
- les fabriques les plus précieuses ont été ont été démontés et transportés à la fin du XIXème siècle au Parc de Jeurre, mais… il est tout proche ! On passe derrière pour rentrer à Paris !!

À VOIR AU PARC DE JEURRE

- la façade de la Laiterie
- le Temple de la Piété Filiale
- la Colonne Rostrale
- le Cénotaphe de COOK
- la fontaine au mufle de lion

CONCLUSION

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Méréville a un charme furieux ! CHATEAUBRIAND en a parlé en terme d’oasis romantique : c’est bien ça !

VISITEZ MÉRÉVILLE !

Suite au rachat par le Conseil Général fin 2000, et le temps de travaux, il n’y a pas de visites régulières actuellement, mais cela changera peut-être dès 2010 (ouverture prévue au public).
Peut-être des ouvertures ont-elles lieu les WE de juin et les dimanches d’octobre 2010, toujours en visites guidées : à vérifier auprès de l’Office de tourisme (voir plus bas).
Ne pas rater l’ouverture et visite guidée (gratuites !) réalisée en général pour les Journées du Patrimoine (courant septembre) : Méréville : the place to be en septembre !

INFORMATIONS PRATIQUES

12, rue Victor Hugo
91660 Méréville
entrée à l’angle de la rue Victor-Hugo
s’adresser à l’Office de Tourisme : 01 64 95 18 00
Courriel : mereville@essonne.fr

Visites guidées : plein tarif de 3 € à 8 € ; tarifs réduits de 1,5 € à 4 € (13-18 ans, demandeurs d’emploi, RMIstes, étudiants, apprentis, +65 ans ; gratuité pour les moins de 13 ans et titulaires de la carte jeune Essonne.

Visites de groupes à l’année (sur réservation).

ACCÈS

L’horreur : il n’y a pas de gare à Méréville !
Itinéraire recommandé pour venir en voiture depuis Paris : N20 jusqu’à Etampes (rester sur la voie rapide et dépasser la ville, puis sortir à l’échangeur sud), ensuite 16 km jusqu’à Méréville par la D49.


FRANçOIS-JOSEPH BÉLANGER (1744-1818) : LE FAISEUR DE BAGATELLE ET DE MÉREVILLE

François-Joseph BÉLANGER est un architecte et décorateur néo-classique né à Paris en 1744.

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Il commence sa carrière en imaginant des éphémères pour les Menus Plaisirs du Roi (1767).

Dix ans plus tard il achète la charge de premier architecte du comte d’Artois, frère du roi.

C’est pour ce dernier qu’il aménage le château de Bagatelle en 1777 :
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Aussi prompt à exécuter
Que hardi à concevoir
Il créa en 65 jours
Bagatelle et ses jardins.

Il travaillera aussi aux décors du château de Maisons-Laffitte.

Pendant la Révolution française, il séjourne à la prison Saint-Lazare. Il ne doit sa sauvegarde qu’à la chute de Robespierre.

En 1811 il reconstruit la coupole de la Halle aux blés, actuelle Bourse de commerce de Paris :
halleauxblsparis.jpg

En 1813, à la mort de Alexandre Théodore Brongniart, il se porte candidat à la reprise du chantier de la Bourse.

Il dessina plusieurs résidences pour l’aristocratie ou la finance parisienne (on lui doit ainsi le décor intérieur de l’hôtel Baudart de Saint-James, 12 place Vendôme) et exerça une influence notable sur la conception des jardins de son époque.

Il a également dessiné quelques meubles dont une luxueuse console en marbre bleu commandée par Louise-Jeanne de Durfort, duchesse de Mazarin, que l’on peut admirer à la Frick Collection de New York.

François-Joseph BÉLANGER s’est éteint à Paris, en 1818.

Il est enterré au Cimetière du Père-Lachaise, dans la 11e division, près de BRONGNIART (1ère ligne, W, 19) :
BÉLANGER près de BRONGNIART

L’inscription sur la stèle annonce :

Amant passionné de son art,
il en comprit tous les secrets,
unissant tous les talents au génie.
Il se montra supérieur à Kent
$dans les jardins de Melville (Méréville ?),
digne émule de Michel-Ange
dans la coupole de la Halles aux blés.


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