visite guidée des parcs, jardins et paysages de Paris


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PARCS & JARDINS HAUSSMANNIENS ET BIODIVERSITE A PARIS

Peut-on dire que les parcs et jardins haussmanniens constituaient, à l’origine (1860-1870), un apport pour la biodiversité en ville ?

Prenons l’exemple du Parc des Buttes-Chaumont. À l’origine, ça n’était pas spécialement leur vocation : le mot et la préoccupation de biodiversité n’existaient d’ailleurs pas. Au contraire, la sauvagerie était hors-sujet. Les squares, parcs & jardins proposaient une certaine vision de la nature : totalement domestiquée, sur mode d’ingénierie, de manière néo-louis-quatorzienne :

- le paysage, quand il n’était pas conçu de toutes pièces (les Buttes étaient à l’origine une butte-témoin aride, le Chauve Mont, qui a fait l’objet d’extraction de matériaux de construction et de dépotoir), était artistiquement remodelé (galbes des pelouses, plan au sol des massifs en motif cachemire …), recomposé de la manière la plus pittoresque, la plus dramatique possible (le rocher des Buttes est sculpté à la dynamite), avec moult effets scénographiques (massifs cachant jusqu’à la dernière minute une vue sublime…) voire dramatiques (le rocher des Buttes, fort abrupt, se mire dans un miroir d’eau placé dans un creux bien décaissé) ;

- les plantes proposées sont essentiellement exotiques (arbres et arbustes venus d’Asie et d’Amérique ; herbacées florifères Africaines pour l’été…) ou horticoles (hybrides et variétés à port fastigié, pleureur ou tortueux ; à feuillage doré, pourpre ou panaché…) ;

- on présente au public des animaux exotiques ou de race : canards, oies, cygnes, poissons…

(image Paul-Robert TAKACS)

En un mot, il s’agit de parcs & jardins où les paysages, plantes et animaux de collections, à l’image de celles de quelques bourgeois et des aristocrates, sont démocratisés – et gratuits ! On peut parler de nature, de naturel, mais, à ce stade, très peu de biodiversité (exotique, rapportée).

N’y a-t-il donc vraiment rien d’autre en termes de biodiversité ?

Mais si ! Aux Buttes-Chaumont existe déjà une sorte de gestion différenciée et même une composition différenciée :

- les espèces exotiques et variétés horticoles permettent d’étaler la période de floraison / fructification des plantes régionales. Les pollinisateurs, frugivores et granivores peuvent profiter de ces sources d’énergie supplémentaires !

- puisqu’on veut composer parfois la vue de paysages des provinces françaises ou des pays voisins, on utilise ça et là des plantes indigènes en massifs : sapins pour faire vosgien / suisse ; chênes verts et phylaires pour faire méditerranéen / italien… ;

- en cœur des massifs d’arbres et arbustes, on bourre avec de l’indigène de bois ou sous-bois : ifs, buis… ;

- il existe un gradient de composition & gestion, qui commence aux entrées (les plus artificielles, fleuries, apprêtées-taillées…) et va vers le cœur (plus « naturel », y compris avec des plantes moins détonantes, plus souvent indigènes sans être forcément régionales, présentant un port plus libre) ; au cœur, les plantes indigènes sont peut-être utilisées plus souvent ;

- la gestion est cohérente avec les reliefs : sur les pentes abruptes, il n’y a pas des pelouses mais des prairies / friches ;

- laisse-t-on venir et rester des plantes spontanées à certains endroits ? Quoi qu’il en soit, on n’utilise pas encore, à l’époque, des moyens de lutte chimique, et pour cause ;

- dernier petit plus pour la biodiversité : les promeneurs étaient tenus à l’extérieur des zones plantées.

Pour conclure, à l’origine, c’est plus souvent de la nature que de la biodiversité, mais il y en a déjà ça et là.

Modernisation des parcs & jardins haussmanniens

Pour commencer, il faut savoir qu’HAUSSMANN avait souhaité un gradient de nature des espaces verts à Paris, pour répondre à des usages & usagers différents :

- au cœur de la ville, les squares, petits & très urbains, notamment garnis de plantes exotiques et horticoles à haute dose ;
dans les arrondissements périphériques, des jardins plus amples et des parcs déjà moins horticoles, ou offrant un cœur de parc contenant plus d’indigène, comme dit plus haut ;

- extra muros, les 2 bois offrent plus de sauvagerie, tout en conservant des entrées et quelques secteurs très jardinés, exotiques & horticoles.

Plus les espaces verts sont excentrés, mieux ils supportent un switch de recomposition paysagère pour accueillir davantage d’espèces régionales et une gestion plus extensive.

Il reste un certain enjeu pour la biodiversité à Paris : la mutation des bassins et effets d’eau haussmanniens vers des éléments des trames verte et bleue plus favorables à la biodiversité.


LE PARC DES BUTTES CHAUMONT : LE BIJOU HAUSSMANNIEN

visite guidée : le mercredi 3 août 2011, à 14h30

Les marcheurs seront ravis d’arpenter son relief pentu : ce parc paysager, romantique en diable, est le plus escarpé et le plus grand des jardins publics de Paris. livré en 1867, il couvre presque 25 hectares.

Buttes Chaumont - image Paul-Robert TAKACS juin 2010

HISTORIQUE

Dès l’Antiquité, le sous-sol parisien était exploité pour ses carrières de gypse, qui donnèrent à la capitale son surnom de  » Lutèce la blanche  » : les Romains avaient découvert qu’il se transformait en plâtre une fois porté à une température de 120°C. Le creusement des carrières sur la butte commença après la Révolution, ce qui changea considérablement sa physionomie. Au XIXème siècle, la précieuse matière était acheminée jusqu’aux Etats-Unis, ce qui a valu au quartier son nom de  » quartier d’Amérique « . Elle s’élevait à une hauteur de 45 mètres et était divisée en trois galeries superposées d’environ 15 mètres de hauteur.

Ce n’était pas le seul attrait de la butte, puisqu’elle permettait aussi de se débarrasser des cadavres de chevaux. Cette décharge à ciel ouvert était tolérée, car elle se situait encore en-dehors des limites de la ville de Paris… A sa disparition, l’habitude restera d’y jeter toutes sortes d’ordures.

Les carrières furent exploitées jusqu’en 1860, date à laquelle Napoléon III décida de transformer la colline désolée en somptueux jardin. L’Etat acquit le terrain en 1863 et les premiers coups de pioche furent donnés en 1864. Trois ans furent nécessaires pour réaliser les travaux titanesques de terrassement et créer les aménagements paysagers qui agrémentent le parc. Cette prouesse a nécessité 1.000 ouvriers, une centaine de chevaux, 450 wagonnets sur 39 km de rails, 2 machines à vapeur, et… l’utilisation de dynamite pour faire sauter la roche ! 200.000 m3 de terre végétale et 800.000m3 de matériaux de terrassement furent utilisés.Le parc fut inauguré le 1er avril 1867, en même temps que l’Exposition Universelle du Champ-de-Mars. Assisté du jardinier BARILLET-DESCHAMPSBarillet- Deschamps, de l’architecte DAVIOUD, et de l’ingénieur BELGRAND, Jean-Charles ALPHAND métamorphosa les anciennes carrières, creusant un lac et une grotte ornée de fausses stalactites, faisant jaillir des cascades et des ruisseaux. DAVIOUD réalisa également une partie de la mairie du 19ème arrondissement (1869), située en face de l’entrée principale du parc.Le parc prit alors le nom de la butte,  » Chaumont  » venant, selon toute hypothèse, de la contraction des mots  » chauve  » (calvus en latin) et  » mont  » (mons en latin).

C’est un parc paysager  -une forme plus récente du jardin anglo-chinois-  pittoresque : il offre aux regards une juxtaposition de tableaux s’inspirant des paysages de FRAGONARD, et surtout d’Hubert ROBERT, peintre des jardins de Rome. Par les effets de surprise, de couleurs, et la disposition des végétaux, certains pourraient même y remarquer l’influence de Jean-Jacques Rousseau. Une île rocheuse se dresse au centre d’un lac, et dévoile un romantique petit temple de la Sybille, qui occupe l’emplacement exact de l’ancienne carrière à ciel ouvert, tandis que la grotte se situe à l’entrée d’une carrière souterraine.Le temple de la Sybille est une réplique du temple de Tivoli. Il est né du talent de l’architecte DAVIOUD en 1869, qui utilisa un style composite (ionique et corinthien : feuilles d’acanthes, fruits et têtes de lions), comportant 8 colonnes et un soubassement en pierre du Jura. Vous y accèderez par la  » passerelle suspendue  » faite en bois de chêne, qu’il ne faut pas confondre avec le pont en pierre dit des  » suicidés «   -et pour cause…

Il abrite de belles essences d’arbres exotiques et indigènes, qui s’accrochent aux flanc de la butte, tantôt sur un chemin, tantôt sur une pelouse à la pente vertigineuse. Au bord du lac, un sophora tord ses branches au-dessus du lac, irrésistiblement attiré par sa propre image reflétée ? Près de lui, un platane d’Orient planté en 1862, a dépassé les 6 mètres de circonférence. À dénicher aussi des féviers d’Amérique, des noisetiers de Byzance, les Ginkgos mâle et femelle, l’Orme de Sibérie, le cèdre du Liban planté en 1880…Une multitude d’oiseaux se partagent le territoire convoité de la butte : mouettes rieuses, poules d’eau, cygnes noirs, canards colverts, qui apprécient ses hauteurs et la fraîcheur du lac. De l’automne au printemps, vous remarquerez la bergeronnette des ruisseaux au plumage jaune et gris. Voletant et trottinant nerveusement pour capturer des insectes, elle agite sans cesse sa longue queue, ce qui lui a valu le surnom de hochequeue.    Cette promenade ravira les bons marcheurs qui pourront allier exercice physique et beauté paysagère !

QUELQUES CHIFFRES A COUPER LE SOUFFLE

247 316 m² = 25 hectares environ
12 hectares de pelouses
6 hectares de massifs de plantation
1 hectare d’enrochements
4,5 hectares de circulations
5,5 kilomètres de voies
2,2 kilomètres de chemins

La falaise
30 mètres de haut.
Accès par 2 ponts, l’un en maçonnerie (hauteur 22 mètres, portée 12 mètres), l’autre suspendu (portée 65 mètres).
Un escalier pratiqué à l’intérieur du rocher permet de descendre jusqu’au lac (173 marches) – actuellement fermé pour raisons de sécurité.

Le lac
1,5 hectares de superficie
Alimenté par 2 ruisseaux

La grotte
14 mètres de large.
20 mètres de haut.
Décorée de stalactites dont les plus grandes atteignent 8 mètres.

Les plantations
Paysage de falaises et de rocailles planté d’essences diverses et rares pour l’époque.

L’architecture
6 pavillons aux entrées principales
3 restaurants

La grille

2.475 mètres de long

14.212 barreaux

6 grands portails

A NE PAS MANQUER

La falaise et le temple de la Sybille, la grotte, le platane d’orient et les arbres remarquables, le lac, les ponts.

Je n’ai pas encore goûté le café servi dans la brasserie qui a rouvert…

RENDEZ-VOUS DES VISITES GUIDÉES

grille de la Place Armand-Carrel (M°Laumière puis 10 min. de marche)

TARIFS DES VISITES GUIDÉES / INDIVIDUELS

6 euros / 3 euros / gratuité : voir la page INFORMATIONS PRATIQUES du blog

 


LE JARDIN DES SERRES D’AUTEUIL : l’un des sites du Jardin Botanique de la Ville de Paris

Louis XV, qui, dès sa jeunesse, présenta un goût prononcé pour la botanique, fit aménager en 1761, sur l’emplacement de ce qui allait être le Jardin des Serres d’Auteuil, un jardin botanique décoré de nombreux parterres de fleurs et déjà pourvu de serres.

Le dessin des serres et du jardin actuels sera donné par Jean-Camille FORMIGÉ, Architecte en Chef des Promenades et Plantations de Paris à l’époque haussmannienne, par ailleurs constructeur des viaducs du métro aérien, restaurateur de nombreux monuments historiques… L’ensemble, doté de magnifiques collections végétales, botaniques et horticoles, sorti de terre en 3 ans (1895-1898), ravira les visiteurs de l’Exposition Universelle de 1900.

Les serres, typiques de l’Art Nouveau, seront les dernières grandes serres à être construites pendant cette époque de grande vogue des jardins d’hiver, au XIXe s. en France. La plus grande, le Palmarium, entièrement rénovée en 1999, fait 100 m de long, 15 m de large et 16 m de haut dans sa partie la plus élevée ! C’est le domaine des plantes subtropicales et tropicales. Un imposant palmier des Canaries, assiste, impassible, au ballet des carpes japonaises qui dansent à ses pieds…

Depuis 1998 le Jardin des Serres d’Auteuil est l’un des 4 sites du Jardin Botanique de la Ville de Paris

La vocation du lieu a changé : tout en restant un jardin d’agrément, de lieu de production de plantes jusqu’en 1968, avant la construction d’un nouveau centre de production horticole pour la Ville de Paris à Rungis (visite guidée disponible), le jardin des Serres d’Auteuil est devenu en 1998 l’un des 4 sites du Jardin botanique de la Ville de Paris.

Le Palmarium du Jardin des Serres d'Auteuil (image Paul-Robert TAKACS)

Le Palmarium du Jardin des Serres d'Auteuil (image Paul-Robert TAKACS)

Dans les serres, venez faire connaissance avec les Fougères et Orchidées épiphytes, Bégonias, Caladiums, Philodendrons, Crotons, Saintpaulias et autres Marantas…

Les serres du Sahel et de Nouvelle Calédonie abritent des plantes endémiques de ces régions, adaptées à des écologies extrêmes et en danger d’extinction, du fait de différentes menaces qui pèsent sur ces régions du globe : prélèvement de bois de chauffe, surpâturage, extension des surfaces cultivées ou désertification au Sahel ; exploitation des sols nickelifères en Nouvelle Calédonie.

Les extérieurs 

  • jardin paysager à l’anglaise, au dessin plus sinueux et vallonné, du côté Jardin des Poètes
  • jardin méditerranéen à l’entrée située en face de Roland Garros
  • un jardin de plantes de Chine derrière le Palmarium, côté ancienne chaufferie
  • jardin japonisant près des bâtiments de l’entrée d’honneur
  • jardin néo-classique, au coeur du jardin, centré sur la grande pelouse centrale face au Palmarium

Calez votre visite !

  • calendrier des floraisons et autres intérêts saisonniers dans les extérieurs :
  • Janvier-Février : mahonias, Viburnum fragrans, crocus, jasmin d’hiver, Garrya elliptica ;
  • Février : Lonicera fragrantissima, Hamamelis, cognassiers du Japon, Abeliophyllum distichum ;
  • Mars : Forsythias, bulbes (narcisses, jacinthes, tulipes…), magnolias, Clematis armandii ;
  • Avril : Akebia quinata, Stachyurus praecox, Pyrus calleryana, décorations florales de printemps ;
  • Mai : rhododendrons, pivoines, roses anciennes, Clematis montana ;
  • Juin : roses modernes, cornouillers ;
  • Été : arbre à soie, décorations florales estivales, lagerstroemias, buddleias, grenadier, arbre aux faisans ;
  • Octobre-Novembre : chrysanthèmes, Camellia sasanqua, fruits et baies colorés ;
  • Décembre : néflier du Japon, arbre aux fraises.
  • calendrier des floraisons et autres intérêts saisonniers dans les serres :
  • mi-Mars à Mai : azalées d’Inde, bananier ;- début-Avril à fin-Septembre : plantes insectivores, passiflores, Brunfelsia, hibiscus ;
  • mi-Avril à fin-Août : bégonias ;
  • mi-Mai à Octobre : Pavonia multiflora, ixoras, hoyas, Alpinia, rose de porcelaine, Nymphaea coerulea ;
  • Juin – Juillet : Passiflora allata ;
  • mi-Novembre à mi-Mars : orchidées, Strelitzia nicolai ;
  • toute l’année : Alpinia purpurata, broméliacées, cactées, succulentes, plantes de Nouvelle-Calédonie, palmiers, ficus, bégonias, fougères tropicales.
calendrier des floraisons dans les serres d'Auteuil

calendrier des floraisons dans les serres d'Auteuil

À ne pas rater

  • à l’extrémité opposée du parterre, s’élève une fontaine signée Jules Dalou, dont le médaillon représente le « Triomphe de Bacchus »
  • les pilastres qui ornent le mur de soutènement de la terrasse et des rampes carossables du côté de l’entrée d’honneur sont décorés de 14 mascarons provenant de l’atelier d’Auguste Rodin :
L'un des mascarons de Rodin au Jardin des Serres d'Auteuil (image Paul-Robert TAKACS)

L'un des mascarons de Rodin au Jardin des Serres d'Auteuil (image Paul-Robert TAKACS)



COURANCES : LE PARC DES EAUX

Le jardin d’eau est un thème récurrent dans tous les territoires saturés d’eau : en Vénétie au XVIe, ou dans les Pays-Bas au XVIIe, à Fontainebleau (François Ier) dans les années 1540.

XVIe SIÈCLE : NAISSANCE DU PARC DE COURANCES

En 1552, Cosme CAUSSE, seigneur de Marchaumont, secrétaire des Finances du roi Henri II, avait acheté un manoir (relativement modeste, a fortori en comparaison avec ce que deviendra le parc) presque sans jardin. Selon le motif du « pré en l’île », le bâtiment est installé sur deux plate-formes entourées de fossés en eau. Les fossés du château sont prolongés vers le village, d’un côté et de l’autre de l’Allée d’Honneur par ce que l’on appelle aujourd’hui les pièces d’eau des Platanes simples et celle des Platanes doubles (à l’origine, des tilleuls) :
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Le ton de Courances est donné : il sera aquatique.

Pour créer le parc, Cosme puis son fils Pierre, grand maître des Eaux et Forêts, vont faire l’acquisition de terrains supplémentaires. Leur surface doit notamment permettre de s’assurer la maîtrise de la rivière de l’École et de quelques-unes (une dizaine ?!) des quatorze sources (!) qui donnent son allure au lieu.

Sur cette nouvelle surface, ils vont créer :
- la Grotte ou Dôme (restauré en 2005) ;

- la Salle d’eau, bassin encadré par quatorze « gueulards » (cracheurs d’eau) de grès, disposés en vis-à-vis :
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On ne connaît pas d’équivalent à ce genre de bassins !

- et surtout le Grand Canal. Car Courances aura son Grand Canal avant que le roi n’aie le sien à Fontainebleau (1604) !
En 1550, Cosme CAUSSE avait fait creuser celui de sa propriété voisine de Fleury-en-Bière, sur 800 m : c’était le premier du genre à traverser un jardin français ! Mais le chantier (les difficultés techniques et le poids financier) de cette entreprise, ont rendu Cosme un peu plus raisonnable : le Grand Canal de Courances ne fera que 600 m…
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Alimenté par une dérivation de l’École, le Canal fait un pendant domestiqué à l’eau sauvage : l’impression est vibrante !

- c’est vraisemblablement à cette époque aussi, que furent établies trois marches d’eau très originales :
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Elles sont gardées par deux loups et par deux lions : les Nappes :
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XVIIe SIÈCLE : AGRANDISSEMENT ET EMBELLISSEMENT DU PARC

En 1622, le vieux château de Courances, bien délabré, a été vendu par François CAUSSE, le fils de Pierre, et acheté par Claude GALLARD, conseiller et secrétaire du roi Louis XIII, d’origine orléanaise, enrichi dans la gestion des biens séquestrés en justice.

Claude I GALLARD reconstruisit le château entre 1627 et 1630. Entouré de son fossé en eau, il comporte désormais un corps de logis rectangulaire flanqué de deux pavillons saillants ; le mur est composé de moellons crépis et enduits. Dès lors, le domaine de Courances prenait place parmi les grandes propriétés des Parisiens fortunés de la haute administration royale : l’exploitation agricole des terres passa au second plan, laissant la place à un programme d’embellissement et d’agrément.

En 1638, le fils, Claude II GALLARD, très fortuné, poursuivit les achats de terres et l’embellissement des jardins. Il épouse Anne VIALAR : c’est cette première « dame de Courances », sa première épouse, qui est représentée dans le tableau peint par BEAUBRUN, vers 1660 (accroché dans le terrible Salon du Billard), tenant un petit tableau qui représente le parc.

Il établit La Gerbe (bassin à 10 côtés auquel il manque aujourd’hui son jet d’eau central) et trace une allée allant jusqu’au Rond de Moigny.

Mais la charge financière se révèlera trop lourde pour les GALLARD. Courances fut saisi par leurs créanciers et vendu aux enchères en 1677.

Il ne quittera pourtant pas tout à fait la famille, car Galliot GALLARD, frère cadet de Claude II, rachètera le domaine.

Après lui, ce sera son fils, François Galliot GALLARD, qui héritera du domaine.

La structure générale mise en place à la fin du XVIe et dans la première moitié du XVIIe siècle n’a pas connu de profonds bouleversements.

DÉBUT XVIIIe : ACCENTUATION DE L’AXE ET DE LA SYMÉTRIE ET RENFORCEMENT DE LA PRÉSENCE DE L’EAU

Ces nouveaux choix esthétiques sont probablement pris en relation avec les idées dominantes alors en matière d’art des jardins telles qu’elles avaient été développées par Antoine-Joseph DÉZALLIER D’ARGENVILLE, le vulgarisateur de l’œuvre de LE NÔTRE au XVIIIe dans son traité La théorie et la pratique du jardinage.

François Galliot GALLARD eut une fille unique, Anne-Marguerite-Catherine GALLARD, qui épousa en 1708 Nicolas POTTIER DE NOVION.

Leur fils André hérita de Courances à la mort de son père en 1720, mais c’est sa mère, deuxième « dame de Courances », qui resta à la tête de la propriété, et y conduit les travaux, pendant cinquante années !

Elle s’employa à restaurer la domination féodale sur la seigneurie, réclama des droits anciens qui avaient été oubliés, restaura moulins et viviers et agrandit l’exploitation agricole.

Le Miroir, pièce d’eau rectangulaire spectaculaire (1 ha !), dans laquelle se reflète le château, a été creusé dans l’axe principal avant 1756 :
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Des vues sont dégagées : vers le nord (vers l’entrée) et vers le sud, en agrandissant l’écrin boisé destiné à accueillir le Miroir.

Le portail architecturé fermant la cour depuis 1642 a laissé sa place pour une grille implantée au-devant du pont dormant qui franchissait la douve. Plus rien n’empêchait le regard d’embrasser la magnifique allée d’arrivée, bordée de canaux, et sa quadruple rangée de tilleuls (hélas changés pour des platanes par la suite).

FIN DU XVIIIe SIECLE : UN PARC SUR LE DÉCLIN

En 1772, la petite-fille d’Anne GALLARD, Philippine, entra dans une très ancienne famille de la grande noblesse de robe parisienne en épousant Charles-Aymar DE NICOLAÏ, président de la Chambre des Comptes dit « le grand Nicolaÿ ». Courances devint leur lieu de villégiature.

À la suite de l’Angleterre, de grandes transformations devaient marquer l’art des jardins en France dans la seconde moitié du XVIIIème siècle : rejet de la régularité, volonté d’imiter la nature, recherche d’un pittoresque inspiré par la peinture de paysage.

Pour plus de pittoresque (?), inspiré par l’Angleterre, ou pour mettre à l’échelle ou pour une autre moins bonne raison, le marquis DE NICOLAŸ fit replanter en 1782 la grande Allée d’arrivée avec des platanes et installer des cultures vivrières au jardin anglais.

Dès le début de la Révolution, les NICOLAŸ émigrèrent en Italie. Mais ils revinrent en 1793 pour défendre la reine devant le tribunal révolutionnaire.

Le 7 juillet 1793, Charles-Aymar DE NICOLAÏ et son fils aîné furent guillotinés.

Courances sera mis sous scellés entre 1793 et 1798.

En 1798, le domaine sera restitué à Philippine-Léontine DE NICOLAŸ, qui mourut en 1820.

Son fils, Théodore DE NICOLAŸ (1782-1871), pair de France, s’employa à relever le domaine et à enrichir son patrimoine foncier.

C’est sans doute à cette époque que la Salle d’Eau fut transformée en lac paysager.

En 1830, l’attachement légitimiste (ainsi qu’un drame familial, le viol de ses deux petites filles) amena Théodore DE NICOLAÏ à s’exiler en Suisse, tout en conservant Courances jusqu’à sa mort à Genève en 1871. Mais il n’y revint plus jamais.

Le parc sera fermé, sauf une fois par an où les gens du voisinage venaient y chasser le corbeau. Le château restera à l’abandon pendant plus de 40 ans et finira par tomber en ruines : un arbre poussera à travers le plancher du salon, les toits s’écrouleront, les balustres s’effondreront. Voici l’ambiance (à quel point romancée ?) qu’en rend Anatole FRANCE dans son Crime de Sylvestre Bonnard (1881) :

Le lendemain, nous prîmes le café sur la terrasse, dont les balustres, embrassés et arrachés à leur rampe de pierre par un lierre vigoureux, restaient pris entre les noeuds de la plante lascive, dans l’attitude éperdue des femmes thessaliennes aux bras des centaures ravisseurs.
Le château avait, par suite de remaniements successifs, perdu tout caractère. C’était une ample et estimable bâtisse, rien de plus. Il ne me parut pas avoir épreouvé de notables dommages pendant un abandon de trente-deux années. Mais lorsque j’entrai dans le grand salon du rez-de-chaussée, je vis les planchers bombés, les plinthes pourries, les boiseries fendillées, les peintures des trumeaux tournées au noir et pendant aux trois quarts hors de leur chassis. Un marronnier, ayant soulevé les lames du parquet, avait grandi là et il tournait vers la fenêtre sans vitres les panaches de ses larges feuilles. Je ne vis pas ce spectacle sans inquiétude, en songeant que la riche bibliothèque de M. Honoré de Gabry, installée dans une pièce voisine, était exposée depuis longtemps à des influences délétères. Toutefois, en contemplant le jeune marronnier du salon, je ne pus m’empêcher d’admirer la vigueur magnifique de la nature et l’irrésistible force qui pousse tout germe à se développer dans la vie.

XIXe : REDRESSER LE PARC DÉLAISSÉ

En 1872, les héritiers d’Aymard DE NICOLAÏ mirent Courances en vente. C’est le baron Samuel DE ABER qui acheta le domaine. Le parc ressemblait probablement à un immense marécage quand il en fit l’acquisition. HABER va lui redonner vie !

Suivant les traces des ROTSCHILD, ce banquier s’installe à Paris au milieu du siècle. Financier de talent, HABER aidera aux négociations pour le règlement de la dette de guerre de 1870. Jouissant d’une fortune considérable, il la mit au service du gouvernement mais pas seulement.

Le mariage de sa fille unique avec le comte Octave DE BÉHAGUE, issu d’une famille d’origine ancienne, le rapprocha de la noblesse française et le fera adopter un mode de vie aristocratique -possible grâce à sa propriété à la campagne.

Afin que le château soit restauré, l’architecte familial des BÉHAGUE fut mandé à son chevet : Hippolyte DESTAILLEUR se trouva sous la double direction du baron et de son gendre pour ce chantier (qui sera son tour de chauffe avant celui de Vaux-le-Vicomte !) : le comte Octave DE BÉHAGUE souhaitait préserver l’aspect originel du bâtiment ; le baron DE HEBER voulait une copie de l’escalier en fer à cheval de Fontainebleau…

Tandis que l’architecte DESTAILLEUR restaurait le château, tout en lui conférant un nouvel « habillage » de briques Henri IV-Louis XIII, on réfléchit à la réhabilitation du parc.

Le plan de terrassement dressé par des ingénieurs, sous la direction de DESTAILLEUR, montre que le nouveau propriétaire fit procéder, avant tout autre chose, au curetage de l’ensemble des douves, des bassins et des canaux.

C’est alors, sans doute pour employer les boues récupérées, que furent comblés certains canaux comme ceux bordant l’Allée de Moigny.

On combla la douve séparant la plate-forme du château de celle du jardin ce qui permit de disposer d’un vaste espace pour mettre en place des grands tapis de broderie.

Le grand axe sera restitué, mais le reste du parc sera transformé en parc paysager.

Le système hydraulique du parc fut rénové.

On remania le Miroir et son pourtour (allées sablées, pièces de gazon, mosaïculture et statues).

On creusa un nouveau bassin aux contours chantournés, dit le Dauphin, dans l’axe du Miroir.

PREMIÈRES ANNÉES 1900 : RÉTABLISSEMENT DU PARC À LA FRANçAISE

Berthe (1868-1940) et Martine (1870-1939) DE BÉHAGUE étaient déjà orphelines lorsqu’elles héritèrent en 1892 de leur grand-père, exilé pour cause d’antisémitisme. Etant l’aînée, Berthe reçut la propriété de Courances.

Berthe et son mari, le comte Jean DE GANAY, s’impliquèrent beaucoup dans leur relation avec les paysagistes DUCHÊNE père et le fils, de 1899 à 1914, pour continuer à œuvrer en vue de l’embellissement du parc, en préférant toujours, semble-t-il, la simplicité et la sobriété. On note en effet la présence d’Henri DUCHÊNE à Courances entre 1899 et 1902. Mais c’est son fils Achille qui eut la tâche de mener à bien une nouvelle phase de restauration qui devait se poursuivre jusqu’au début de la Première Guerre mondiale.

DUCHÊNE est très attentif aux souhaits de simplicité et sobriété des propriétaires.

À l’Ouest / nord-ouest, la Salle d’eau devenue lac paysager qu’il fallait assainir, reprendra un état historique, à la française.

En 1906, DUCHÊNE commence à réfléchir aux transformations à apporter de l’autre côté, au sud-est, à l’emplacement de l’ancien « jardin anglais » des NICOLAŸ.
Il décide de créer de toutes pièces un dispositif d’une originalité totale mais en parfaite harmonie avec le reste des lieux :

- les quinconces de Marronniers ;

- la pièce d’eau du Fer à cheval :
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- la pièce d’eau de la Baigneuse en surplomb, ornée d’une statue en provenance du parc royal de Marly : la nymphe Aréthuse. Un moulage est venu remplacer l’original de Claude POIRIER (1656-1729), « Trésor national » trop fragile pour rester à l’extérieur (2004), acheté et abrité par le Louvre, en manque de statues pour compléter sa collection portant sur Marly :
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Le « coup de génie » d’Achille DUCHÊNE demeure l’idée d’unifier ses diverses interventions et les anciens aménagements en redistribuant les quatorze gueulards, ces têtes de monstres en pierre sculptée qui encadraient l’antique Salle d’eau. Ils crachent aujourd’hui un peu partout l’eau abondante des nombreuses sources de Courances.

En 1908 sont installées les belles broderies, si représentatives du « style DUCHÊNE » devant la grande façade du château, côté parc — celles en place aujourd’hui.
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Parallèlement à cette grande entreprise de restauration « à la française », Berthe DE GANAY, profitant d’une pièce d’eau un peu encaissée en contrebas du moulin de l’ancienne scierie, entreprenait (avant 1908) d’y créer un précieux jardin anglo-japonais. Le fouillis végétal vint dissimuler la régularité du bassin, une petite île permit de donner de la profondeur à cette création qui s’inscrivait dans la vogue du japonisme des années 1900 (voir les jardins Albert Kahn, Giverny ou Maulévrier). Un peu plus tard, Kathleen LLOYD JONES, une jardinière anglaise élève de Gertrude JEKYLL (l’« inventeuse » de la « mixed-border »), vint prêter mains fortes à la propriétaire pour enrichir cette libre évocation d’un jardin japonais :

La propriété est cédée à Martine DE BÉHAGUE en 1910. Martine DE BÉHAGUE demeure un nom illustre dans le monde des musées. Paris murmurait qu’elle achetait un objet par jour. Une visite au Louvre suffit à convaincre qu’aucun domaine ne lui échappait. Les deux cousines de WATTEAU côtoie une figurine en argent égyptienne, un moulin à café aux trois ors qu’utilisait la Pompadour ou un relief byzantin en stéatite. C’est elle qui a offert le cadre de la Joconde. Et elle encore qui sauva l’Hôtel de Sully, rue Saint-Antoine…

Martine DE BÉHAGUE restaura les lieux sans l’aide de grands noms de l’architecture ou du paysage et y séjourna jusqu’en 1927. C’est elle qui posa les fondations du fameux « Potager » dans l’enceinte du parc de Fleury – tout sauf un potager – avec son Jardin persan. (Elle utilisa le porphyre qu’elle avait fait venir de Syrie pour son théâtre privé à Paris, à l’époque le plus grand en Europe – la « Salle Byzantine » de l’actuelle ambassade de Roumanie.)

Une très grande partie du domaine fut probablement replantée en 1912.

LES RAVAGES DE LA GUERRE

Pendant la guerre de 14-18, Berthe DE GANAY accueille dans le château un hôpital militaire.

De 1940 à 1944, le parc et le château de Courances furent occupés par les Allemands. En partant, ils firent sauter un dépôt de munition qui se trouvait dans le parc…

De 1944 à 1946, les communs abritèrent un camp disciplinaire américain. Les châtelains étaient encore cantonnés à des quartiers restreints dans le château. Un deuxième dépôt de munitions explosa accidentellement en causant encore plus de dégâts. En 1948, l’architecte chargé de l’entretien du château chiffra à 88 millions la remise en état des lieux. L’Etat proposa une indemnité de 7,7 millions…

De 1949 à 1955, le maréchal MONTGOMERY, adjoint au commandant des troupes de l’OTAN, basé à Fontainebleau, s’installa à son tour dans les étages nobles. Il a laissé le mas qui arbore aujourd’hui les couleurs de la famille DE GANAY et (hélas) le très grand billard…

ENFIN PROTÉGÉ

En 1948, l’ensemble du domaine de Courances est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

Entre 1948 et 1954, le marquis DE GANAY, Hubert, fils aîné de Berthe et filleul de Martine, avec son fils Jean-Louis (né en 1922), marié à Philippine DE NOAILLES (née en 1925) s’efforcent de faire disparaître les traces des occupations successives et retirent certains « ornements » ajoutés par l’architecte Destailleur au XIXe siècle (lucarnes, oeils-de-boeuf, cheminées, épis de faîtage).

En 1955, la famille DE GANAY reprend possession de l’ensemble du domaine de Courances.

Abandonné pendant la dernière guerre, le « Japonais » doit sa renaissance à Philippine DE GANAY, nièce de Charles DE NOAILLES et fille de Marie DE MOUCHY, tous deux illustres jardiniers, qui entreprit de nouvelles plantations en privilégiant les arbustes pour mieux jouer des formes et des textures.

En 1978, la vallée de l’École devient un site inscrit.

Alors que le parc l’était depuis la guerre, le château de Courances est ouvert au public en 1982.

En 1983, le domaine de Courances obtient le classement au titre des Monuments historiques.

Visite du château

- le grand vestibule du premier étage, avec une cheminée surmontée d’un médaillon représentant le profil de Louis XIV
- la salle du billard de MONTGOMERY, avec le portrait d’Anne GAILLARD par Beaubrun
- la salle à manger, où avait poussé un arbre dans la période d’abandon du château
- le bureau, avec une belle cheminée du XVIe ou XVIIe siècle
- la bibliothèque du baron HABER. Ensemble de tapisseries aux armoiries de Maximilien de Béthune, duc de Sully, représentant des singes caricaturant les humains.

Visite du Parc

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1- l’Allée d’Honneur, bordée de pièces d’eau dans le style du XVIe s. et de platanes, plantés en remplacement de tilleuls en 1782

2- le château (1628 ; remanié) ; aspect Louis XIII souligné par des briques (1872). L’escalier en fer à cheval a été copié sur celui de Fontainebleau.

3- le canal de la Foulerie (de chanvre) a été mis en place sans doute au début du XVIIe s. par les Clausse ou les Gallard.

4- le jardin japonais.

5- Pièce d’eau de la Baigneuse, le Fer à Cheval, le Quinconces de marronniers : création d’Achille Duchêne au début du XXe siècle.

6- le Miroir : seule création du XVIIIe s. ; broderies de buis de DUCHÊNE

7- le Grand-Canal était le second en France après Fleury-en-Bière : a inspiré celui de Fontainebleau. La Gerbe (avec un jet d’eau autrefois) est un bassin à dix côtés.

8- Les Nappes : XVIe s. Le bassin avec l’enfant à cheval sur un dauphin est l’oeuvre de l’architecte DESTAILLEUR. La Fontaine du Roy : on dit que Louis XIII, lorsqu’il séjournait à Fontainebleau, en faisait venir son eau.

9- Le Rond de Moigny avec une statue anonyme représentant Apollon vainqueur du serpent Python. A côté : une source.

Quelques regrets

- la quasi-totalité du mobilier inventorié a disparu entre 1944 et 1946, pendant la présence américaine, et apparemment pas à cause de l’explosion accidentelle… Et on aurait préféré que l’explosion affecte certaines pièces qui sont restées et bien restées : le très grand billard laissé par MONTGOMERY : on ne voit que lui. Or il n’est pas seulement très grand, mais surtout de trop, tout court.
- la décoration laisse à désirer par endroits. Dans la salle basse, des fleurs en plastique et quelques objets personnels ne donnent pas tant le sentiment qu’on est chez des Gens que celui qu’on est chez des gens.
- conclusion : on peut éviter la visite du château jusqu’à nouvel ordre

Du bonheur en barre

- la salle à manger
- la chapelle, avec des boiseries de 1626 et une Vierge en grès du XIVe siècle récupérée dans les ruines d’une chapelle de Templiers
- le parc et notamment une petite source cachée dans des frondaisons, à droite quand on revient du Rond de Moigny vers le château :
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- le café / pâtisserie pris près du jardin japonais
- conclusion: il peut être sympathique de prendre sa journée et de la laisser s’égrener lentement, après avoir pique-niqué sur place

COURANCES : TANT DE FOIS IMITÉ, JAMAIS ÉGALÉ

Suite à Courances, on a tracé des allées doublées de canaux en eau pour arriver aux châteaux de Coulommiers, Pont-sur-Yonne, Liancourt…
Ces tracés ont disparu : Courances est heureusement resté. Et forme sans doute le plus bel exemple conservé de ce style en France : assurément, et comme on le disait au XVIIIe s. :
Les parterres de Cély (-en-Bière)
Les bois de Fleury (-en-Bière)
Les eaux de Courances
Sont trois merveilles en France.

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Informations pratiques : http://www.courances.net

Domaine de Courances
Rue du Château
91490 COURANCES
Tél : 01 64 98 07 36 ou 06 87 46 78 72


PARC DES BUTTES CHAUMONT (Paris, 19e)

UN SEUL MOT D’ORDRE POUR SA RÉALISATION : « IL EST IMPORTANT DE RÊVER »

À L’ORIGINE : LE CHAUVE MONT

…qui, c’est bien connu, rime avec Rien de Bon. Pour preuve :
- le Mont est l’une des buttes-témoin du territoire parisien, mais, elle, sans eau. Pas d’eau : pas de cultures ;
- le sous-sol, fait d’un beau calcaire et de gypse, est miné en profondeur : le lieu est donc inconstructible.

UN PARI FOU

L’équipe haussmanienne doit réaliser, en lieu et place d’un espace iprobable, un vaste parc (presque 25 hectares) :
- public, ouvert à toutes les classes sociales et même aux ouvriers, tous les jours de l’année, gratuitement (c’est nouveau) ;
- pittoresque, où des écrans visuels (plantations, levées de terre…) empêchent de voir jusqu’à la dernière seconde une nouvelle vue remarquable ;
- garni de plantes rares qui, à cette époque, étaient encore l’apanage des classes aisées ;
- rappelant des passages de l’histoire de l’humanité (le temple de la Sybille rappelant l’Antiquité gréco-romaine) ;
- évoquant des paysages existants des provinces françaises (le gouffre de Padirac, l’aiguille d’Étretat…) ou de l’étranger (pavillons de garde à l’image des Palais des grands lacs italiens) ;
- le tout dans une ambiance montagnarde, rustique mais sophistiquée (vastes pelouses et prairies plus ou moins abruptes, ombragées par des bouquets d’arbres et arbustes ; pitons et enrochements, falaises…).

TOUT ÉTAIT PRÉVU POUR L’AGRÉMENT

- fleurs, dans les fameuses corbeilles, d’ailleurs avec leur marge d’osier tressé et leur anse à l’origine !
- guignol pour les petits
- brasseries pour les grands
- sans compter les bancs publics en enfilade, pour voir, pour regarder et (surtout) pour être regardé, pour être vu avec son dernier amant ou son dernier caniche en date : la vie sociale bat son plein.

MÊME PLUS EN RÊVE

- 30 kilogrammes de dynamite par jour la première année, pour soustraire du relief d’origine ce qu’on ne souhaitait pas conserver ;
- 1.000 ouvriers par jour, pendant 4 ans ;
- l’apport de millions de mètres cubes de terre végétale, essentiellement du Bois de Vincennes, via la Petite Ceinture, puis par des wagonets qu’on déplace sur des rails mobiles ;
- le pompage d’eau, prise dans le canal de l’Ourcq et déposée dans le réservoir de Botzaris, qui alimente le circuit d’eau du parc ;
- la plantation d’arbres déjà grands, amenés grâce à des engins qu’il a fallu imaginer et réaliser ;
- un budget de plusieurs centaines de millions de francs de l’époque, dont une grande partie provient de la vente des parcelles du pourtour du parc (constructible, lui !), en lotissements dont la plupart recevront de beaux immeubles d’habitation haussmaniens.

LA DATE D’OUVERTURE N’EST PAS UN HASARD

Le 1er avril 1867, soit le jour de l’inauguration de l’Exposition Universelle qui est donnée cette année-là à Paris, au Champ de Mars : le nouveau parc devait être la vitrine de la France et de la Ville de Paris en particulier. Et il le reste, vu le nombre de visiteurs chaque année, venant même de l’étranger.

ON NE POUVAIT ÊTRE PLUS MODERNE

Une personne s’est jetée ce jour là du Pont des Suicidés, ce qui a valu, dans la presse, le jugements sans appel « Monsieur Haussmann a fait un parc où il fait bon se suicider. »
(No comment…) Mais jugez-en plutôt par vous-même.

RENDEZ-VOUS

prochaine visite guidée : le mardi 20 juillet 2010 à 14h30

QUELQUES REGRETS

- la tempête de 1999 puis la canicule de 2003 ont fait des dégâts importants notamment sur les hauteurs. Il est prudent d’avoir remplacé les grands arbres (hêtres ?) abattus par des arbres à faible développement (Mûrier à papier ?) mais l’effet perd trop de son envergure ;
- le chemin de grotte en grotte, à travers la façade du rocher qui donne sur la Place Armand Carrell, est condamné ;
- plus généralement, le rocher est très très fissuré ;
- des réparations de fortune exécutées sur le rocher, par projection de ciment, donnent un effet épouvantable.

BONS POINTS

Le parc, fragile, bénéficie depuis quelques années d’un programme de restauration impressionnant :
- sur les constructions : restauration (avec plus ou moins d’excellence), des rustiquages ; stabilisation des pelouses par injection de ciment ; consolidation des pylônes du pont suspendu et réfection de son tablier et des peintures ;
- sur les plantations : un effort courageux est fait pour arracher des plantations parasites, afin de revenir aux perspectives d’origine.

RECOMMANDATIONS UTILES

- la visite du parc peut s’avérer physique, vu le dénivelé : n’y allez pas en chaussures à tallons ;
- fouillez aussi les endroits où la foule ne va pas : ils montrent une remarquable intelligence et une réelle sensibilité de la conception paysagère ;
- évitez les après-midis : profitez des lumières du matin ou du soir.


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