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LE DÉSERT DE RETZ : UN IDÉAL DU PARC À FABRIQUES

Le Désert de Retz est un jardin anglo-chinois – ou folie – créé à la fin du xviiie siècle par un aristocrate, François Nicolas Henri Racine de Monville.
Établi dans un domaine de 40 hectares situé en bordure de la forêt de Marly, à Saint-Jacques de Roye (ou de Retz), dans la commune de Chambourcy (78240 ?), le Désert de Retz tirait son originalité de ses dix-sept fabriques et de ses essences rares importées des quatre coins du monde.
S’étendant aujourd’hui sur une vingtaine d’hectares, il est l’un des rares spécimens de « Désert » — cet endroit solitaire où l’on aimait se retirer et recevoir sans étiquette aux xviie et xviiie siècles — à avoir subsisté dans une forme proche de sa création d’origine.


LE PARC À FABRIQUES DE MÉRÉVILLE : LE JOYAU PITTORESQUE DE BÉLANGER ET HUBERT ROBERT

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Issu d’une modeste famille béarnaise, né en 1724 à Jaca (Espagne), Jean-Joseph LABORDE rejoint à l’âge de l’adolescence son cousin qui est à la tête d’une compagnie maritime d’import-export à Saint-Jean-de-Luz. À la mort du cousin, il reprend les rênes de la compagnie familiale et bâtit son immense richesse sur cette base. Il s’enrichit ainsi grâce au commerce transatlantique, approvisionnant les colonies en matières premières et en rapportant les produits les plus intéressants financièrement (fruits tropicaux, arbre d’essences rares…) et participe à la traite des Noirs. Il possède d’ailleurs des terres à Saint-Domingue (Haïti), qu’il fait exploiter pour le sucre.

Cette ascension fulgurante, comparable à celle de nombreux bourgeois au siècle des Lumières, lui permit de s’élever et de fréquenter des nobles. De même, sa richesse lui permit d’acquérir de nombreux domaines.

Il devient fermier général (1759-1767) sur la proposition de son ami le duc de CHOISEUL.

Il s’est installé en 1764 dans le château de La Ferté-Vidame qu’il aménagea à son goût en s’entourant de nombreux artistes, mais il en fut chassé en 1784 par le duc de PENTHIÈVRE, suite à un jeu de chaises musicales, lui-même étant chassé de son domaine de Rambouillet par le roi Louis XVI, qui convoitait ses terres giboyeuses.

Il aurait alors été nommé marquis par compensation : sympa comme manière de trouver du réconfort !

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Méréville, domaine qu’il acquiert en 1784 (joli cadeau pour ses 60 ans !), sera la dernière de ses propriétés – but not least, comme disent les Anglais…

UN LIEU AVEC UN REMARQUABLE POTENTIEL PAYSAGER

Le château qui se trouve sur le domaine sera à revoir. Il avait été aménagé en 1768, pour un conseiller du roi (Jean DELPECH), sur les restes d’une forteresse médiévale.

Le paysage (au-delà d’un jardin de faible envergure) sera à revoir aussi. À l’origine, il s’agit d’une cuvette grossièrement circulaire, aux bords assez raides (particulièrement à l’est), traversée du sud au nord par la Juine, qui décrit, à l’ouest, un ample coude agrémenté de charmantes sinuosités et tend plusieurs bras aux contours irréguliers – puisque naturels. Mais, après 10 ans de travaux, le paysage -c’est certain- est devenu tout à fait époustouflant :
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UN CHANTIER TITANESQUE (ET DES DIFFICULTÉS À L’ÉCHELLE)

Les moyens pratiquement illimités du marquis de LABORDE permirent de conduire les travaux sans relâche.

Menés avec 400 ouvriers, plusieurs architectes et sculpteurs de renom, ils furent achevés en neuf ans, mais ils n’allèrent pas sans mal :
- alors qu’il était presque achevé, le Temple de la Piété Filiale s’engloutit subitement dans la tourbière, la couche formant le fond ayant cédé brutalement. Les pierres, englouties dans la profonde excavation qui s’était formée, furent récupérées du mieux possible et le temple remonté sur un sol moins exposé, au sommet de la rampe des roches. Le décor initial de stuc doré fut perdu et remplacé par le marbre blanc actuel. MÉZIÈRES, sculpteur des parties nobles du temple, dut recommencer une partie des chapiteaux. Par la suite une partie des arches s’effondrèrent…
- l’arche du Pont de Roches, qui subsiste, est nettement surbaissée par rapport au niveau initial visible sur les gravures de l’époque. Un auteur signale dés 1840 un enfoncement de 6 ou 7 pieds (deux mètres).
- les grottes flanquant l’arche de chaque côté présentaient deux niveaux superposés. Le niveau inférieur est un mètre et demi sous l’eau, alors qu’il était a priori conçu pour y pénétrer a pied sec. L’enfoncement se serait produit quelques mois après la construction – motif (prétexte ?) de malfaçon que LABORDE aurait saisi pour justifier le renvoi de BÉLANGER…

LES PAYSAGISTES À L’OEUVRE

Le domaine sera constitué de 2 parts inégales : un Grand Parc (90 ha), sera séparé d’un Petit Parc (une dizaine de hectares sur le platau est, en hauteur). Les deux seront séparés par une route publique, et communiqueront par le Pont du Milieu.

Dans le Grand Parc, l’essentiel restera un bois, sauf un extraordinaire potager (probablement bio à l’époque), le Marquis étant féru de botanique et de science :

les futures fabriques (une vingtaine) se trouveront concentrées sur une trentaine de hectares, mises en valeur notamment sur des îles et des promontoires, au coeur de l’ensemble, dans cette cuvette qui, accentuée, offrira des perspectives flatteuses, à travers un paysage très pittoresque -CHATEAUBRIAND dira même romantique.

François-Joseph BÉLANGER, l’architecte de Bagatelle et de la Folie Saint-James, commença par être chargé de dessiner le nouveau parc. Mais il en sera déchargé dès 1786, au bénéfice d’Hubert ROBERT.
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À l’inverse de son prédécesseur, qui cherchait trop à imposer ses vues et amenait à des dépenses somptuaires, Hubert s’entendit très bien avec son commanditaire. Toutefois, en admirateur de Bélanger, il eut l’intelligence de ne rien remettre en cause des grandes lignes arrêtées – et déjà fort avancées, au demeurant.

On doit en effet à BÉLANGER la modification du parcours de la Juine, la forme du Grand Lac, le tracé des chemins, l’ordonnancement des plantations et le dessin de certaines fabriques, notamment le Moulin ou le Pont de roches.

ROBERT adopte une démarche artistique originale. À la différence d’un architecte traditionnel, il traduit ses projets en peinture : chaque espace du jardin est conçu comme un tableau naturel, l’un se juxtaposant à l’autre pour former le jardin idéal. Hubert ROBERT a conçu entre autres le Grand rocher, le Cénotaphe de Cook, la Laiterie, la Maison du jardinier, la Forteresse, la Citadelle, le Colombier, la Fontaine au mufle de lion et les formes des enrochements. Il fait peindre certains rochers peints en ocre, en rose ! A partir de 1790, c’est au tour du Petit Parc à être aménagé : il comportera neuf fabriques, dont la Tour Trajane.

Son inépuisable source d’imagination sera l’Italie, où il a fait son Grand Tour. Il est troublant de comparer sa Villa Gregoriana à Tivoli :
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avec sa vue du Pont ruiné :
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Au fond, la rivière avait engendré une tourbière : un terrain qui, du point de vue technique, va se révéler très difficile à aménager…

Par curage et remblaiement on aménagea des îles entourées de biefs s’élargissant en étangs. Des passerelles enjambaient les biefs.

A l’est une dérivation de la Juine, la rivière anglaise, anime le paysage, draine les prairies et recueille au passage les eaux de la grande cascade.

D’énormes masses de rocailles furent constituées par apport de blocs de rochers cyclopéens liés à la chaux. Elles vinrent s’appuyer en contrefort aux bords de la cuvette, s’avançant en promontoires et belvédères. Des cavités ménagées dans la masse l’allégeaient et formaient des grottes. L’aménagement n’est pas sans rappeler la jeunesse pyrénéenne du marquis, au pays basque.

Des arches du même appareil joignaient les masses les unes aux autres, créant des ponts enjambant les bras de la rivière ou des sentiers encaissés.

Les plantations recherchées, le Marquis étant amateur de plantes et de voyages de découverte, apportaient un soutien important à la composition :

- sur l’île Nat(h)alie, un bosquet d’essences variées, dont une essence récemment acclimatée à l’époque : le tulipier de Virginie ;
- les grandes roches étaient couronnées de conifères sombres, qui y maintenaient une ombre dramatique, en plus d’autres plantes rares nichées entre les jaillissements d’eau ;
- le pourtour de la grande rampe, avec des espèces méditerranéennes entourant le temple, des amandiers au pied de l’enrochement et des pervenches faisant un tapis bleu sous le pont ruiné ;
- le chemin menant au cénotaphe de COOK était bordé d’essences sombres, pour tenir le promeneur en attente d’une effet de surprise…

LES FABRIQUES DU PARC (MONUMENTS HISTORIQUES)

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a : Pont d’Acajou
b : Pont des Boules d’or
c : Pont Cintré
C : Château
Ck : emplacement du Cénotaphe de COOK
G : Grandes Roches, Nymphée, Grande Cascade, Belvédère
L : emplacement de la Laiterie
M : Moulin du Pont
PF : emplacement du Temple de la Piété Filiale, Grande Rampe, Arche Ruinée
R : Pont de Roches, Petite Cascade
T : Colonne Trajane

Dans le Grand Parc :

G – les Grandes Roches
- les Grottes des Demoiselles
- la Grotte au nord de l’ancienne Laiterie
- les Grottes sous l’ancien Temple de la Piété Filiale
a – le Pont d’Acajou
b – le Pont des Boules d’or
c – le Pont Cintré
R – le Pont des Roches

Entre le Grand et le Petit Parc :

- le Pont du Chemin

Dans le Petit Parc :

T – la Colonne Trajane
- parties subsistantes du Fort : 1, avenue Raymond-Poincaré
- parties subsistantes des Écuries Anglaises : 3, avenue Raymond-Poincaré
- parties subsistantes du Petit Château : 1, avenue de Laborde
- parties subsistantes de la Fausse Chapelle : route de Saint-Cyr

Au sud du pont sur la Juine :

- le Lavoir :
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Au Parc de Jeurre (fabriques remontées) :

L – la façade avant de la laiterie :
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PF - le Temple de la Piété Filiale (par BÉLANGER, resté sur le chantier alors qu’il était congédié). Dédié à la fille de LABORDE, Nat(h)alie : l’intérieur est décoré par un buste en marbre à son image, sculpté par Augustin PAJOU :
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PAJOU sculpte le portrait d’une jeune fille rêveuse, qui vit sans le savoir ses derniers moments d’innocence avant une destinée tragique. La beauté du modèle et la finesse d’exécution en font l’un des plus beaux portraits de femme de la sculpture du XVIIIe siècle.

- la Colonne Rostrale. Construite en hommage à ses deux fils, Edouard (1762-1786) et Ange Auguste (1766-1786), dont la nouvelle de la disparition arriva en 1787. Les deux jeunes hommes périrent ensemble au large de Vancouver, dans la baie des Français, au cours de l’expédition La Pérouse. La colonne était à l’origine bâtie sur une petite île, au cœur du grand lac.

Ck – le Cénotaphe de COOK

HOMMAGE AUX ARTISTES

Comme on ferait dans le générique à la fin d’un film (et quel film !), rappelons les noms des artistes, artisans, techniciens (les principaux en tout cas) sans le talent et l’acharnement desquels Méréville n’aurait pas existé (en tout cas sous cette forme d’excellence) :
- François-Joseph BÉLANGER, architecte : première phase de réalisation, conception générale des enrochements, Pont de Roches
- Hubert ROBERT, peintre : ensemble des bosquets, implantation des fabriques, Laiterie. A peint de nombreux tableaux du parc.
- J. ANDRÉ, maître d’oeuvre de la Colonne Trajane (sur des esquisses d’Hubert ROBERT)
- MÉZIÈRES, sculpteur : Temple de la Piété Filiale
- HERMAND, stucateur : caissons de la coupole du Temple
- Augustin PAJOU (sculpteur) : buste du capitaine Cook, statue de Natalie de LABORDE (ornait le Temple de la Piété Filiale)
- CARBILLET, menuisier
- LELEU, ébéniste
- Claude-Joseph VERNET et GREUZE, peintres : décoration et représentations (paysages) de Méréville

Concernant le paysage, il faut rajouter à BÉLANGER et Hubert ROBERT :
- DUFOSSÉ, architecte hydraulicien
- LOISEAU, jardinier

UN RÊVE FULGURANT

Commencées en 1786, toutes les fabriques du parc sont réalisées et les travaux sur le château sont en voie d’achèvement en 1789. Déjà 1789…

A partir de 1790, LABORDE prend ses quartiers à Méréville où il tient le salon, ce qui participe d’autant à la renommée du domaine. Mais les évènements nationaux précipitent la fin du marquis : il sera condamné par le tribunal révolutionnaire et exécuté le 18 avril 1794. Ses biens seront saisis.

Dès 1796, le domaine et une partie du mobilier sont restitués à sa veuve, Rosalie de LABORDE. Elle réinvestit Méréville et réunit des artistes, hommes d’Etat et écrivains tels Elisabeth VIGÉE-LEBRUN et François-René DE CHATEAUBRIAND dans l’esprit des salons d’antan.

Mal conseillée, elle vend en 1819 la propriété et une partie du parc à des acquéreurs peu scrupuleux qui dénaturent le château et le vident de toutes ses richesses. L’histoire du domaine connaît alors des heures sombres.

En 1824, le Comte DE SAINT-ROMAN, nouveau propriétaire du domaine, tente de redonner une certaine magnificence au parc en construisant de nouvelles fabriques – la Ferme suisse, avec une vacherie et un colombier. Mais ses successeurs se désintéressent du domaine, et le site est peu à peu abandonné. A tel point qu’à la fin du XIXe siècle, lors d’une liquidation des biens, le comte de Saint-Léon, propriétaire du domaine de Jeurre – situé aux portes d’Etampes, réussit à acquérir cinq fabriques qu’il fait démonter puis remonter dans son parc où elles sont encore visibles : la façade de la Laiterie, le Temple de la Piété filiale, le Cénotaphe de Cook, la Fontaine au mufle de lion et la Colonne rostrale.

En 1977, le Grand Parc et certaines parties du château sont classés au titre de Monuments Historiques ; le Petit Parc fait l’objet l’année suivante d’une inscription à l’Inventaire supplémentaire.

LA NOUVELLE VIE DU DOMAINE

En 1990 un groupe japonais acheta le domaine pour y réaliser un golf.

Ce projet fut abandonné, et F. D’ORMESSON, fortuitement concerné à titre professionnel par cette affaire, prit courageusement en charge la sauvegarde du site. Il a créé dans ce but l’AJRM, association de la loi de 1901 « les amis du jardin XVIIIème d’Hubert Robert à Méréville ».

En 1998, le Conseil Général de l’Essonne s’était engagé sur le principe d’acquérir le domaine pour le réhabiliter. Après un changement de majorité la décision d’achat fut différée jusqu’au début septembre 2000.

Depuis, le Conseil Général, aidé par la Région Île-de-France et l’État, a déjà réalisé 2 campagnes de travaux (travaux d’urgence et de sauvegarde en 2003-2005 et travaux de sécurisation en 2007-2008) et une 3e campagne est en cours (2008-2010 : reconquête du site et la découverte de scènes paysagères majeures).

QUELQUES REGRETS

- la plupart des fabriques sont malheureusement très dégradées et les plus précieuses sont à Jeurre ;
- la seule fabrique véritablement conservée est, dans le Petit Parc, la « colonne Trajane » (1790-1791), mais elle se trouve au centre d’un carrefour : cette partie détachée du parc principal a en effet été lotie
- les plantations de rapport, qui ont remplacé les arbres remarquables abattus à la fin du XIXème siècle pour le commerce du bois, ont périclité. Quoique substantiellement dégagées, elles restent touffues et sans lustre.
- les passerelles subsistantes sont l’ombre de leur magnificence, en particulier le pont des Boules d’Or et le pont d’acajou.

À NE PAS RATER

- la colonne Trajane, propriété de la commune, est accessible au moins lors de la Fête du Patrimoine : on peut contempler le lointain depuis 37 mètres de haut !
- dans le Grand Parc, les rocailles, encore en place pour la plupart, offrent un réseau de grottes, arches, cavités (circulables !!) qui permettent d’apprécier l’ampleur des aménagements et de retrouver, au moins en partie, certaines perspectives spectaculaires
- la massive saillie du Pont de Roches au dessus de la Juine, avec la vue en échappée sur le château, offre sans doute la perspective la plus proche de l’époque :
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- il subsiste des restes de la majorité des fabriques et…
- les fabriques les plus précieuses ont été ont été démontés et transportés à la fin du XIXème siècle au Parc de Jeurre, mais… il est tout proche ! On passe derrière pour rentrer à Paris !!

À VOIR AU PARC DE JEURRE

- la façade de la Laiterie
- le Temple de la Piété Filiale
- la Colonne Rostrale
- le Cénotaphe de COOK
- la fontaine au mufle de lion

CONCLUSION

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Méréville a un charme furieux ! CHATEAUBRIAND en a parlé en terme d’oasis romantique : c’est bien ça !

VISITEZ MÉRÉVILLE !

Suite au rachat par le Conseil Général fin 2000, et le temps de travaux, il n’y a pas de visites régulières actuellement, mais cela changera peut-être dès 2010 (ouverture prévue au public).
Peut-être des ouvertures ont-elles lieu les WE de juin et les dimanches d’octobre 2010, toujours en visites guidées : à vérifier auprès de l’Office de tourisme (voir plus bas).
Ne pas rater l’ouverture et visite guidée (gratuites !) réalisée en général pour les Journées du Patrimoine (courant septembre) : Méréville : the place to be en septembre !

INFORMATIONS PRATIQUES

12, rue Victor Hugo
91660 Méréville
entrée à l’angle de la rue Victor-Hugo
s’adresser à l’Office de Tourisme : 01 64 95 18 00
Courriel : mereville@essonne.fr

Visites guidées : plein tarif de 3 € à 8 € ; tarifs réduits de 1,5 € à 4 € (13-18 ans, demandeurs d’emploi, RMIstes, étudiants, apprentis, +65 ans ; gratuité pour les moins de 13 ans et titulaires de la carte jeune Essonne.

Visites de groupes à l’année (sur réservation).

ACCÈS

L’horreur : il n’y a pas de gare à Méréville !
Itinéraire recommandé pour venir en voiture depuis Paris : N20 jusqu’à Etampes (rester sur la voie rapide et dépasser la ville, puis sortir à l’échangeur sud), ensuite 16 km jusqu’à Méréville par la D49.


PARC À FABRIQUES DU CHÂTEAU DE GROUSSAY (MONTFAURT-L’AMAURY)

évocation contemporaine des parcs à fabriques du XVIIIe siècle

Le domaine est, à l’origine, le parc à l’anglaise de la Duchesse DE CHAROST, fille de la Gouvernante des enfants de France.

Après plusieurs propriétaires, Charles DE BEISTEGUI le rachète en 1938 et fait exécuter les transformations.

Son oeuvre, dans le parc mais aussi dans le château, dedans et dehors à la fois, seront classés, en 1993, bien après son décès, MONUMENTS HISTORIQUES.

Essentiellement entre 1960 et 1970, accompagné par Emilio TERRY (entre autres architecte décorateur), Alexandre SEREBRIAKOFF (artiste aquaréliste), et les architectes DESBROSSES et COSTI, ce célibataire endurci pour qui l’argent et le temps ne doivent pas se perdre n’importe comment, fera construire, les unes après les autres, toutes les fabriques. Issu d’une famille basque émigrée au Méxique au XIXe s. et ayant fait fortune dans les mines d’argent, Charles sera marqué par son tour du monde et ses études au Collège d’Eton en Angleterre, d’où il ramènera un art de vivre certain et audacieux pour l’époque.

On découvre un parc garni d’une dizaine de fabriques, savamment disposées dans un parc boisé de 30 hectares, tout au long d’un parcours de visite qu’il serait à peine nécessaire de ne pas suivre à mon avis : il est dommage qu’on ne puisse pas monter sur l’avant-dernière étape, la Colonne observatoire, puisqu’on aurait pu en admirer toute l’Île de France. De plus, le théâtre, trop charmant, mérite mieux que d’être la dernière étape du parcours très riche.

Dommage que le potager actuel, qu’on traverse juste avant d’entrer dans le parc, ne soit plus totalement enfermé derrière de hauts murs. De plus, le jardinier en chef semble fâché avec sa géométrie, puisqu’il a planté en ronds, dans un rectangle allongé situé entre un haut mur d’enceinte et une haie taillée pas assez haute, les ronds entourés de buis de bordure mais à leur tour recoupés en quartiers par des fruitiers palissés, les plantes en secteurs quand ce n’est pas en bandes obliques…

Quand on a dépassé l’orangerie (de l’époque de la duchesse, modifiée), on aborde une enfilade de fabriques.

On passe sous un porche qui permet de traverser une charmille, où une galerie couverte de platanes taillés en têtes de chat entoure un rectangle. C’est l’emplacement, à l’origine, du potager de Mme. DE CHAROST, conservé par Charles de BEISTEGUI qui n’adorait pas tant que ça les fleurs. Après sa mort, son neveu, Juan DE BEISTEGUI, souhaite, hélas, un jardin d’agrément pour remplacer le potager : le dessin en est donné par le paysagiste australien Ian MILES. La composition est celle de chambres de verdure, dont les murs sont d’if taillé, garnies de topiaires de buis, de rosiers, de lavandes et de vivaces : un peu trop jeunes et trop écrasés de lumière ; motifs intéressants pour les pavements en brique sur tranche.

L’enfilade se poursuit par une clairière, avec, au centre, une belle volière, contenant des pigeons qui ne voyagent plus, aux plumes frisotées, les femelles couvant leurs oeufs dans des petits paniers en osier tressé ; un petit regret pour le rond de bacs en ciment passé à la chaux, pour l’heure vides.

Un bassin aux nymphéas, trop ensoleillé (on a taillé les haies autour mais aussi les arbres qui, avant, donnaient de l’ombre), avec un obélisque au centre qui est en travers de la fabrique suivante.

La tante tatare : su-perbe travail en tôle peinte !

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Agréablement surprenante par sa fraîcheur, quand, dehors, on étouffe, elle est totalement couverte en faïence blanc-bleu de Delft (le plancher, les murs, le plafond), garnie de mobilier sombre : pour BEISTEGUI, le noir est une belle couleur, qui permet de mettre en valeur le reste : magnifique candélabre recouvert de feuilles en tissu. On devine que des oiseaux viennent se rafraîchir aussi. Imaginer les pigeons vus dans la volière se poursuivre pour entrer dans la pièce par les portes ouvertes, puis se donnant la réplique, chacun depuis son pot chinois. Le dos de la tante n’est pas très réussi en revanche : les fenêtres carrées à cadre sombre jurent, et le pavement en échiquier d’herbe et de callade de galets ne semble pas avoir de sens.

Belle enfilade de consoles de charme, avec un effet de transparence très réussi latéralement, taillées avec un effet curieux mais pas forcément désagréable de non-verticale qui resserre légèrement le passage vers le ciel, avec, à l’extrémité de la vue un petit temple de pierre calcaire et brique, frais à nouveau, avec une table ronde, un candélabre simple et des photos noir & blanc encadrées de Cecil BEATON, montrant la bibliothèque, les domestiques en livrée, le passage de différents hôtes du feu-propriétaire, leurs amusements à jouer au théâtre, à monter un grand escalier, etc.

Une galerie couverte, où fleurissent péniblement quelques grappes de glycine et de cytise palissé, trop à l’ombre en sous-bois et en mélange avec du charme ; on aboutit au théâtre de verdure, de plan circulaire, surélevé par rapport au terrain environnant, avec entrée des artistes, coulisses pour faire coulisser des décors, parterre et cercle de places assises sur chaises de jardin en fer.

On sort de cette enfilade à gauche, vers le pont vénitien, auquel arrive un tapis vert jonché de pâquerettes et de véroniques ; hélas, peu de vues latérales qui permettent d’en apprécier pleinement la silhouette : pourtant, on s’est donné du mal, à l’origine, pour déplacer une maquette grandeur nature jusqu’à en trouver la juste position ; et les berges mériteraient d’être plantées de quelques arbres, arbustes et aquatiques, qui donneraient une liaison et surtout du mystère.

On débouche dans une vieille clairière délaissée, en charmille, avec une incompréhensible colonne au centre : la supprimer ?

On en ressort à gauche vers la pyramide en brique et calcaire, intéressante, sauf la coquille où de l’eau, venue d’un lac d’au-dessus, passée sous le chemin, sourd après être passée enfin sous la pyramide.

Derrière la pyramide, vaste enclos avec, entre autres, des béliers aux cornes invraisemblables, qui profitent de l’ombre des saules, d’une vaste pièce d’eau, d’une butte couverte de nuages d’aubépines à fleurs roses, coiffée d’un petit temple d’Adam qui semble charmant et qu’on aurait aimé mieux voir.

En vis-à-vis de cet enclos, côté château, un chêne est tombé au bord d’une prairie, mais, resté raciné, il commence une nouvelle vie à partir de ses anciennes branches, devenues du coup verticales.

On dépasse le temple de l’Amour, forcément entouré d’une barrière ! On ne peut pas le comprendre autrement que comme une focale depuis le château ; première fabrique réalisée.

Le chemin amène au talus qui sépare la grande pièce d’eau de la prairie basse : s’avancer en direction du château (avant d’aborder la partie privée) : sensations agréables dans toutes les directions où le regard porte : peut-être un regret que la berge du lac et le talus côté prairie ne soient pas plus encombrés de végétation : le galbe manque un peu de réalisme et de mystère encore.

La prairie, où commencent à fleurir des marguerites, est très très belle ! chemin découpé à travers à l’anglaise, avec, à droite, l’enclos des baudets du Poitou : pas bêtes, ils ne goûtent même pas les feuilles de mortels colchiques, pourtant très correctement débroussaillées tout autour ! Les arbres dans cet enclos, ainsi que dans la partie grillagée le long du mur d’enceinte où les béliers peuvent aller aussi, sont plus ou moins gravement mutilés (les branches basses parfaitement taillées, de sorte qu’on dirait un saladier renversé) : certains sont mourants d’avoir été écorcés : dommage ! Un dernier regret au sujet de la prairie : les marges sont peut-être plantées de manière trop stricte d’arbres, a fortiori grands : un flou de plantation et de hauteurs serait plus heureux.

On aborde, enfin, le clou du spectacle : la pagode chinoise :

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Très réussie avec ses couleurs criardes, avec, à la lisière d’en face, un groupe de Féviers d’Amérique dorés qui lui répondent. Ça devrait être, à mon sens, la fin du parcours, tellement le sentiment de calme et d’élégance culmine quand on y est entré, qu’on s’y est assis, et qu’on regarde les reflets du soleil projetés par l’étang miroitant sur l’intérieur du toit en pagode ; pas désagréable non plus : aller s’allonger sur le talus du côté château, sous un grand chêne, et laisser défiler le temps en suivant l’éducation que les bernaches donnent à leurs petits : très attentifs à leur nombreuse progéniture, maintenant que la nage et le regroupement autour des parents n’a plus aucun secret pour eux, les couples leur enseignent avec patience à entrer et sortir de l’étang, et, bien sûr, à s’en aller, si on veut les approcher, en dodelinant lentement du derrière, comme s’ils ne fuyaient pas spécialement.

labels : JARDIN REMARQUABLES & MONUMENTS HISTORIQUES (1993 pour le parc à fabriques et le château)

à ne pas rater : le livret vendu à la boutique et les catalogues des ventes en 1999 à SOTHEBY’S, avant le rachat par l’actuel propriétaire

propriétaire actuel : Jean-Louis REMILLEUX (depuis 2000)

restaurations du château et du parc : programme très ambitieux, en cours depuis 2000

visité le dimanche 23 mai 2010, avec B et F


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