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Parc de Sceaux

Oeuvre d’André LE NÔTRE, le Parc de Sceaux date du XVIIe s.

Après qu’il ait déjà officié, semble-t-il, sur ses terres de SEIGNELAY (Bourgogne), André LE NÔTRE est demandé par Jean Baptiste COLBERT, entre autres Surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures de Louis XIV, à Sceaux, baronnie d’une cinquantaine d’hectares qu’il vient de racheter en 1670 aux POTIER DE GESVRES. Le tout premier château sera englobé par le château des COLBERT, admirable -et dont on ne connaît pas l’architecte. Il sera terminé pour 1673 par deux entrepreneurs : Jean GIRARD et Maurice GABRIEL :
IMAGE DU CHATEAU DES COLBERT
Ce château, vendu avec le restant du domaine au citoyen Jean-François Hippolyte LECOMTE, sera bientôt détruit après la Révolution (env. 1798), pour être revendu par l’homme d’affaires en petits morceaux, comme de nombreuses autres constructions et statues du parc.
Un château, beaucoup moins ample que celui des COLBERT étant entendu qu’il n’en occupera que l’emplacement du cors central, ne sera reconstruit qu’en 1856-1862 par Joseph-Michel LE SOUFACHé, pour les nouveaux propriétaires : les TRéVISE (1829-1923). C’est ce château que l’on connaît aujourd’hui, à plusieurs reprises très restauré depuis qu’il a été ravagé par la guerre de 1870.

LE NÔTRE aura travaillé au Parc pendant 20 ans (1670-1699), par tranches successives, au fur et à mesure des agrandissements :
-de 1670 à 1683 pour COLBERT, qui agrandit déjà le domaine qu’il avait acheté, par exemple tout le secteur entre le château et l’église, puis le secteur du Petit Château en 1682 ;
-de 1683 à 1690 pour son fils, le marquis de SEIGNELAY, avec un agrandissement majeur en 1687, qui amène le parc à son maximum de surface (227 ha) ;
-de 1690 à 1699 pour Mme de SEIGNELAY, après la disparition brutale du marquis.

2 axes sous-tendent son dessin, qui se réfèrent tous deux au château :
-l’axe principal, sensiblement Est-Ouest, monte à partir de l’Est, depuis Bourg-la-Reine, passe par la cour, traverse le château au sommet de la colline, et commence à dévaler la pente.
Avant l’agrandissement de 1687, le domaine butait net, peu après le château, à l’emplacement de la future Terrasse des Pintades, sur un mur d’enceinte. Depuis l’agrandissement, l’axe dévale longuement la pente et se redresse un peu pour finir à l’Ouest.

-l’axe secondaire est perpendiculaire au principal, donc sensiblement Nord-Sud, mais il est essentiellement latéral par rapport au château : il se déploie surtout sur sa droite : une cascade (détruite) descend la colline vers le Sud, du château jusqu’au au bassin du Grand Jet, avant qu’une pelouse encadrée d’arbres ne remonte… pour redescendre jusqu’à la grille de l’actuelle Croix de Berny. Dans le creux du creux, LE NÔTRE a remplacé par le bassin de l’Octogone l’étang d’une mare morte. En son centre, la Grand Jet s’élève jusqu’à 25 mètres de hauteur, grâce au dénivelé qui le sépare du réservoir qui l’alimente (actuel Bassin des Lilas). On a donné sur cet axe des fêtes somptueuses. La cours du duc mais surtout de la duchesse du MAINE (1700-1753) s’asseyait sur la pente qui descend de Berny, face à une scène qu’on installait sur le bassin, avec les cascades de LE NÔTRE derrière.

Quand, en 1687, le domaine est agrandi au Sud-Est par le marquis de SEIGNELAY, le successeur de COLBERT, jusqu’à faire 227 hectares, LE NÔTRE revient donner de l’air à son axe principal : il le prolonge vers le lointain à l’Ouest, par le Tapis Vert. Il faudra encore 2 ans de travaux de creusement pour donner une surprise parallèle à l’axe secondaire : Le Grand Canal, long (et plus exactement interminable) de 1 km. Le fond est sur un terrain naturellement imperméable, argileux et marneux.
C’est après la mort subite, en 1690, du Marquis de SEIGNELAY, qu’un entrepreneur achèvera les travaux prévus de rattachement de l’Octogone et du Grand Canal.

S’il n’y avait que ça, on se lasserait peut-être de la promenade :
-des jardins aussi autour du Petit Château ;
-comme le Nord était bucolique, du côté du Pavillon de l’Aurore (1672 Jules HARDOUIN-MANSART ; plafond peint par LE BRUN), depuis que Jean-Baptiste de LA QUINTINIE avait établi un potager clos de murs. Alors qu’à sa livraison, le Pavillon faisait un belvédère latéral, construit en saillie du mur d’enceinte, l’agrandissement au Nord-Ouest du domaine le reporta au centre du potager doublé : bel endroit, décidément, pour un réveil estival (ou même automnal) aux aurores !
-que de surprises au Sud du château aussi, en lieu et place de l’actuelle Plaine de l’Orangerie, vidée ! Au lieu du spectacle affreux des « jeux » et autres attroupements actuels, au-delà de l’Orangerie que Jules HARDOUIN-MANSART, ayant terminé celle de Versailles, édifie en 1686, se succédaient des cabinets de verdure : salle des Marronniers, cabinet des Coquillages, salle des Antiques, fontaine d’Éole et de Scylla, berceau de treillage. Après réflexion, heureusement, finalement, qu’il y a actuellement cette haie taillée improbable, pour barrer barre la vue (et l’ouïe…) à la frontière du jardin parallèle au mur Sud de l’Orangerie !

Il ne reste des constructions du parc des COLBERT et SEIGNELAY que :
-l’Entrée d’Honneur, avec se groupes d’animaux se battant (copies), flanquée des deux Pavillons de Garde entre lesquels on passe par un pont jeté au-dessus de douves sèches au tracé magnifique ;
-l’Orangerie, qui a perdu un pavillon et deux travées à la guerre de 1870 ;
-les Ecuries (très remaniées), avec leur très bel abreuvoir et bain à chevaux ;
-le Pavillon de l’Aurore ;
-le Petit Château, logement des hôtes des COLBERT : monument historique auquel les enduits sur la façade enlèvent beaucoup de l’allure ancienne ;

Du travail de LE NÔTRE :
-le tracé des allées anciennes est plutôt conservé (restaurations) ;
-le bassin de l’Octogone avec son Grand Jet ;
-le Grand Canal.

Ce dessin en H supporte d’autres axes, allées et cheminements, qui rejoignent diversement les différentes cotes de niveau. On a en effet un dénivelé de xxx m entre le château et le point le plus bas.

Quand Paris et sa petite couronne étaient encore réunis sous le nom du Département de la Seine, Jean-Claude-Nicolas FORESTIER, du Service des Promenades et Plantations de la Ville de Paris, après avoir fait racheter Bagatelle (1905), fait racheter Sceaux en 1929. à ses propositions de réaménagement du parc, on préférera celles de Léon AZEMA.

C’est donc AZEMA qui, dans le courant des années 1930, après le lotissement d’une partie du parc qui permettra de trouver des sous, modernise le domaine en restaurant et en simplifiant, tout en conservant de nombreux tracés et aménagements de LE NÔTRE (mais cependant moins que ceux qu’avait prévu de garder FORESTIER).
Il donne les nouvelles Cascades : du pur années 30. Sur les murs d’une grotte d’où l’eau commence à dévaler, 7 mascarons attribués à Auguste RODIN (1878). Initialement prévus pour les jardins du Trocadéro, on préférera les partager entre Sceaux et l’Escalier du Jardin des Serres d’Auteuil.
il conserve (plante ?) des Pins noirs d’Autriche (var. Laricio ?) sont maintenus en travers d’un tapis vert sur un côté du château ou en travers d’une allée.
côté Aurore, une glycine est installée dans un cèdre, dont l’ombre abrite deux statues années 30.
L’espace encaissé entre le joli Pavillon de l’Aurore et le Lycée LAKANAL est redessiné.

On reconnaît une patte années 30 qui tient beaucoup de celle de FORESTIER (cf. jardin d’Iris de Bagatelle), avec les murs et consoles d’if sévèrement taillé (et peut-être pas totalement à l’échelle ?), ainsi que le caissonnement de buis taillé qui reçoit des Iris latéralement et, depuis quelques années, un tapis millefleurs au centre -que je n’adore pas ;

Il fait aussi rapporter de Paris et remonter pierre à pierre la façade (classée) de ce qui sera le Pavillon de Hanovre : c’est le point de naissance de 3 nouvelles perspectives.

Actuellement, le domaine, géré par les Espaces Verts du Conseil Général des Hauts-de-Seine, est une vitrine de gestion environnementale : prairies, moutons invités à tondre les gazons…


DE LA PLACE DE L’ÉTOILE AU CHÂTEAU DE VINCENNES EN PASSANT PAR L’ALLÉE ROYALE : un rapide aperçu de l’histoire du Bois de Vincennes

Les rois de France, légendairement amateurs de chasses, s’intéressent au Bois de Vincennes à partir de Philippe Auguste (XIIe s.) : un manoir de chasse est construit sur le périmètre de ce qui va devenir le vaste château que l’on connaît.
De ce manoir, il ne reste qu’une partie des fondations, côté Tour du Village, à l’opposé du bois. Bientôt il a fallu agrandir le manoir : les amateurs de chasses royales se font plus nombreux et les services se multiplient avec eux.

Charles V décide de s’installer à Vincennes. Il fait mettre en chantier la Chapelle Royale, et construire en un temps record l’incroyable donjon (le plus haut, conservé de l’époque médiévale en Europe). Se mirant dans l’eau qui l’entoure, la Tour de tous les fiefs, superbe et imprenable, impose le respect aux agités des provinces. Le domaine du château est fortifié : il est ceint d’un mur, de douves en eau (à sec et en partie comblées aujourd’hui), et d’encore un mur, plus haut que le premier, avec des tours aux 4 angles et aussi à mi-longueur des murs. Seule la Tour du Village a conservé son allure et sa hauteur : toutes les autres seront arasées par Napoléon Ier pour des raisons défensives qui m’échappent. Derrière les murs, tout un village peut tenir le siège. Plusieurs sources sont captées et amenées au château. L’une d’entre elles arrive à un puits sous le Donjon exactement. Quand la ligne du métro ayant pour terminus Château de Vincennes a été construite, elle a coupé le parcours de cette source détournée : le terrain sous le donjon s’est desséché de manière différentielle : les fondations de la colonne unique qui porte tous les planchers et plafonds sur 5 étages, a commencé à s’afaisser, par comparaison aux fondations des murs du donjon, plus larges et distantes de l’arrivée de la source. Jusqu’au moment où les forces croissantes qu’elle distribuait l’ont fait éclater. Le donjon fut aussitôt fermé et bientôt mis en travaux. Il a été sauvé par un chantier de restauration titanesque et rouvrira cette année 2010 tous ses étages à la visite.

Après Charles V, François Ier passera aussi sur le domaine et terminera la Chapelle, par égard dans le style où elle avait été commencée XXXannées plus tôt.

Louis XIV passera bien du temps à Vincennes, avant de s’installer à Versailles, mis en chantier dès XXX, mais qui ne sera pas au moins un minimum habitable avant XXX. Louis XIV entrera dans le domaine avec sa jeune épouse, par la Porte Triomphale, ancienne Tour du Bois reprise et pour le moins écrêtée par son architecte, LE VAU. Celui-la même qui va remettre au goût du Roi, aujourd’hui dit classique mais tellement moderne à l’époque, toute la partie côté bois du quadrilatère du château. LE VAU va diminuer la hauteur de la muraille médiévale défensive donc opaque et surtout ajourer la hauteur du mur qu’il conserve ; insérer 2 pavillons classiques le Pavillon du Roi côté Ouest et le Pavillon de la Reine côté Est ; enfin, rajouter une galerie parallèle, garnie de statues, pour finir l’écrin qu’il a fait sur ordre de son Roi.

La sortie du château côté bois, se prolonge à l’origine par l’allée royale. Cette continuité est hélas rompue depuis XXX par le Quartier Carnot, ensemble de bâtiments sans intérêt excessif, qui abritent la Garde Nationale. L’Allée Royale, restituée dans les années xxx, plantée de chaque côté de 2 rangées de platanes au lieu de chênes, offre une belle largeur. 1000 mètres après le Quartier Carnot, l’Allée arrive sur une place ronde, à partir de laquelle des parcelles triangulaires sont distribuées par des allées en étoile. Jusqu’au début de cette année encore, la place était plantée de charmille à hauteur d’homme, d’où on pouvait voir, au moment des chasses, dans quelle parcelle les rabatteurs resserraient le gibier.

C’est cet ensemble château – Allée Royale – Place de l’Etoile qui est le plus caractéristique d’un parc de chasse royal classique.

Le bois sera assez fortement remanié par l’équipe haussmannienne, pour l’amener dans le goût de l’époque : paysagé à l’anglaise.

A ne pas rater : le château, le donjon ; dans le bois, la Butte aux Canons, donnant une belle vue sur le château avec sa chapelle et plus largement sur l’Est parisien


COURANCES : LE PARC DES EAUX

Le jardin d’eau est un thème récurrent dans tous les territoires saturés d’eau : en Vénétie au XVIe, ou dans les Pays-Bas au XVIIe, à Fontainebleau (François Ier) dans les années 1540.

XVIe SIÈCLE : NAISSANCE DU PARC DE COURANCES

En 1552, Cosme CAUSSE, seigneur de Marchaumont, secrétaire des Finances du roi Henri II, avait acheté un manoir (relativement modeste, a fortori en comparaison avec ce que deviendra le parc) presque sans jardin. Selon le motif du « pré en l’île », le bâtiment est installé sur deux plate-formes entourées de fossés en eau. Les fossés du château sont prolongés vers le village, d’un côté et de l’autre de l’Allée d’Honneur par ce que l’on appelle aujourd’hui les pièces d’eau des Platanes simples et celle des Platanes doubles (à l’origine, des tilleuls) :
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Le ton de Courances est donné : il sera aquatique.

Pour créer le parc, Cosme puis son fils Pierre, grand maître des Eaux et Forêts, vont faire l’acquisition de terrains supplémentaires. Leur surface doit notamment permettre de s’assurer la maîtrise de la rivière de l’École et de quelques-unes (une dizaine ?!) des quatorze sources (!) qui donnent son allure au lieu.

Sur cette nouvelle surface, ils vont créer :
- la Grotte ou Dôme (restauré en 2005) ;

- la Salle d’eau, bassin encadré par quatorze « gueulards » (cracheurs d’eau) de grès, disposés en vis-à-vis :
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On ne connaît pas d’équivalent à ce genre de bassins !

- et surtout le Grand Canal. Car Courances aura son Grand Canal avant que le roi n’aie le sien à Fontainebleau (1604) !
En 1550, Cosme CAUSSE avait fait creuser celui de sa propriété voisine de Fleury-en-Bière, sur 800 m : c’était le premier du genre à traverser un jardin français ! Mais le chantier (les difficultés techniques et le poids financier) de cette entreprise, ont rendu Cosme un peu plus raisonnable : le Grand Canal de Courances ne fera que 600 m…
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Alimenté par une dérivation de l’École, le Canal fait un pendant domestiqué à l’eau sauvage : l’impression est vibrante !

- c’est vraisemblablement à cette époque aussi, que furent établies trois marches d’eau très originales :
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Elles sont gardées par deux loups et par deux lions : les Nappes :
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XVIIe SIÈCLE : AGRANDISSEMENT ET EMBELLISSEMENT DU PARC

En 1622, le vieux château de Courances, bien délabré, a été vendu par François CAUSSE, le fils de Pierre, et acheté par Claude GALLARD, conseiller et secrétaire du roi Louis XIII, d’origine orléanaise, enrichi dans la gestion des biens séquestrés en justice.

Claude I GALLARD reconstruisit le château entre 1627 et 1630. Entouré de son fossé en eau, il comporte désormais un corps de logis rectangulaire flanqué de deux pavillons saillants ; le mur est composé de moellons crépis et enduits. Dès lors, le domaine de Courances prenait place parmi les grandes propriétés des Parisiens fortunés de la haute administration royale : l’exploitation agricole des terres passa au second plan, laissant la place à un programme d’embellissement et d’agrément.

En 1638, le fils, Claude II GALLARD, très fortuné, poursuivit les achats de terres et l’embellissement des jardins. Il épouse Anne VIALAR : c’est cette première « dame de Courances », sa première épouse, qui est représentée dans le tableau peint par BEAUBRUN, vers 1660 (accroché dans le terrible Salon du Billard), tenant un petit tableau qui représente le parc.

Il établit La Gerbe (bassin à 10 côtés auquel il manque aujourd’hui son jet d’eau central) et trace une allée allant jusqu’au Rond de Moigny.

Mais la charge financière se révèlera trop lourde pour les GALLARD. Courances fut saisi par leurs créanciers et vendu aux enchères en 1677.

Il ne quittera pourtant pas tout à fait la famille, car Galliot GALLARD, frère cadet de Claude II, rachètera le domaine.

Après lui, ce sera son fils, François Galliot GALLARD, qui héritera du domaine.

La structure générale mise en place à la fin du XVIe et dans la première moitié du XVIIe siècle n’a pas connu de profonds bouleversements.

DÉBUT XVIIIe : ACCENTUATION DE L’AXE ET DE LA SYMÉTRIE ET RENFORCEMENT DE LA PRÉSENCE DE L’EAU

Ces nouveaux choix esthétiques sont probablement pris en relation avec les idées dominantes alors en matière d’art des jardins telles qu’elles avaient été développées par Antoine-Joseph DÉZALLIER D’ARGENVILLE, le vulgarisateur de l’œuvre de LE NÔTRE au XVIIIe dans son traité La théorie et la pratique du jardinage.

François Galliot GALLARD eut une fille unique, Anne-Marguerite-Catherine GALLARD, qui épousa en 1708 Nicolas POTTIER DE NOVION.

Leur fils André hérita de Courances à la mort de son père en 1720, mais c’est sa mère, deuxième « dame de Courances », qui resta à la tête de la propriété, et y conduit les travaux, pendant cinquante années !

Elle s’employa à restaurer la domination féodale sur la seigneurie, réclama des droits anciens qui avaient été oubliés, restaura moulins et viviers et agrandit l’exploitation agricole.

Le Miroir, pièce d’eau rectangulaire spectaculaire (1 ha !), dans laquelle se reflète le château, a été creusé dans l’axe principal avant 1756 :
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Des vues sont dégagées : vers le nord (vers l’entrée) et vers le sud, en agrandissant l’écrin boisé destiné à accueillir le Miroir.

Le portail architecturé fermant la cour depuis 1642 a laissé sa place pour une grille implantée au-devant du pont dormant qui franchissait la douve. Plus rien n’empêchait le regard d’embrasser la magnifique allée d’arrivée, bordée de canaux, et sa quadruple rangée de tilleuls (hélas changés pour des platanes par la suite).

FIN DU XVIIIe SIECLE : UN PARC SUR LE DÉCLIN

En 1772, la petite-fille d’Anne GALLARD, Philippine, entra dans une très ancienne famille de la grande noblesse de robe parisienne en épousant Charles-Aymar DE NICOLAÏ, président de la Chambre des Comptes dit « le grand Nicolaÿ ». Courances devint leur lieu de villégiature.

À la suite de l’Angleterre, de grandes transformations devaient marquer l’art des jardins en France dans la seconde moitié du XVIIIème siècle : rejet de la régularité, volonté d’imiter la nature, recherche d’un pittoresque inspiré par la peinture de paysage.

Pour plus de pittoresque (?), inspiré par l’Angleterre, ou pour mettre à l’échelle ou pour une autre moins bonne raison, le marquis DE NICOLAŸ fit replanter en 1782 la grande Allée d’arrivée avec des platanes et installer des cultures vivrières au jardin anglais.

Dès le début de la Révolution, les NICOLAŸ émigrèrent en Italie. Mais ils revinrent en 1793 pour défendre la reine devant le tribunal révolutionnaire.

Le 7 juillet 1793, Charles-Aymar DE NICOLAÏ et son fils aîné furent guillotinés.

Courances sera mis sous scellés entre 1793 et 1798.

En 1798, le domaine sera restitué à Philippine-Léontine DE NICOLAŸ, qui mourut en 1820.

Son fils, Théodore DE NICOLAŸ (1782-1871), pair de France, s’employa à relever le domaine et à enrichir son patrimoine foncier.

C’est sans doute à cette époque que la Salle d’Eau fut transformée en lac paysager.

En 1830, l’attachement légitimiste (ainsi qu’un drame familial, le viol de ses deux petites filles) amena Théodore DE NICOLAÏ à s’exiler en Suisse, tout en conservant Courances jusqu’à sa mort à Genève en 1871. Mais il n’y revint plus jamais.

Le parc sera fermé, sauf une fois par an où les gens du voisinage venaient y chasser le corbeau. Le château restera à l’abandon pendant plus de 40 ans et finira par tomber en ruines : un arbre poussera à travers le plancher du salon, les toits s’écrouleront, les balustres s’effondreront. Voici l’ambiance (à quel point romancée ?) qu’en rend Anatole FRANCE dans son Crime de Sylvestre Bonnard (1881) :

Le lendemain, nous prîmes le café sur la terrasse, dont les balustres, embrassés et arrachés à leur rampe de pierre par un lierre vigoureux, restaient pris entre les noeuds de la plante lascive, dans l’attitude éperdue des femmes thessaliennes aux bras des centaures ravisseurs.
Le château avait, par suite de remaniements successifs, perdu tout caractère. C’était une ample et estimable bâtisse, rien de plus. Il ne me parut pas avoir épreouvé de notables dommages pendant un abandon de trente-deux années. Mais lorsque j’entrai dans le grand salon du rez-de-chaussée, je vis les planchers bombés, les plinthes pourries, les boiseries fendillées, les peintures des trumeaux tournées au noir et pendant aux trois quarts hors de leur chassis. Un marronnier, ayant soulevé les lames du parquet, avait grandi là et il tournait vers la fenêtre sans vitres les panaches de ses larges feuilles. Je ne vis pas ce spectacle sans inquiétude, en songeant que la riche bibliothèque de M. Honoré de Gabry, installée dans une pièce voisine, était exposée depuis longtemps à des influences délétères. Toutefois, en contemplant le jeune marronnier du salon, je ne pus m’empêcher d’admirer la vigueur magnifique de la nature et l’irrésistible force qui pousse tout germe à se développer dans la vie.

XIXe : REDRESSER LE PARC DÉLAISSÉ

En 1872, les héritiers d’Aymard DE NICOLAÏ mirent Courances en vente. C’est le baron Samuel DE ABER qui acheta le domaine. Le parc ressemblait probablement à un immense marécage quand il en fit l’acquisition. HABER va lui redonner vie !

Suivant les traces des ROTSCHILD, ce banquier s’installe à Paris au milieu du siècle. Financier de talent, HABER aidera aux négociations pour le règlement de la dette de guerre de 1870. Jouissant d’une fortune considérable, il la mit au service du gouvernement mais pas seulement.

Le mariage de sa fille unique avec le comte Octave DE BÉHAGUE, issu d’une famille d’origine ancienne, le rapprocha de la noblesse française et le fera adopter un mode de vie aristocratique -possible grâce à sa propriété à la campagne.

Afin que le château soit restauré, l’architecte familial des BÉHAGUE fut mandé à son chevet : Hippolyte DESTAILLEUR se trouva sous la double direction du baron et de son gendre pour ce chantier (qui sera son tour de chauffe avant celui de Vaux-le-Vicomte !) : le comte Octave DE BÉHAGUE souhaitait préserver l’aspect originel du bâtiment ; le baron DE HEBER voulait une copie de l’escalier en fer à cheval de Fontainebleau…

Tandis que l’architecte DESTAILLEUR restaurait le château, tout en lui conférant un nouvel « habillage » de briques Henri IV-Louis XIII, on réfléchit à la réhabilitation du parc.

Le plan de terrassement dressé par des ingénieurs, sous la direction de DESTAILLEUR, montre que le nouveau propriétaire fit procéder, avant tout autre chose, au curetage de l’ensemble des douves, des bassins et des canaux.

C’est alors, sans doute pour employer les boues récupérées, que furent comblés certains canaux comme ceux bordant l’Allée de Moigny.

On combla la douve séparant la plate-forme du château de celle du jardin ce qui permit de disposer d’un vaste espace pour mettre en place des grands tapis de broderie.

Le grand axe sera restitué, mais le reste du parc sera transformé en parc paysager.

Le système hydraulique du parc fut rénové.

On remania le Miroir et son pourtour (allées sablées, pièces de gazon, mosaïculture et statues).

On creusa un nouveau bassin aux contours chantournés, dit le Dauphin, dans l’axe du Miroir.

PREMIÈRES ANNÉES 1900 : RÉTABLISSEMENT DU PARC À LA FRANçAISE

Berthe (1868-1940) et Martine (1870-1939) DE BÉHAGUE étaient déjà orphelines lorsqu’elles héritèrent en 1892 de leur grand-père, exilé pour cause d’antisémitisme. Etant l’aînée, Berthe reçut la propriété de Courances.

Berthe et son mari, le comte Jean DE GANAY, s’impliquèrent beaucoup dans leur relation avec les paysagistes DUCHÊNE père et le fils, de 1899 à 1914, pour continuer à œuvrer en vue de l’embellissement du parc, en préférant toujours, semble-t-il, la simplicité et la sobriété. On note en effet la présence d’Henri DUCHÊNE à Courances entre 1899 et 1902. Mais c’est son fils Achille qui eut la tâche de mener à bien une nouvelle phase de restauration qui devait se poursuivre jusqu’au début de la Première Guerre mondiale.

DUCHÊNE est très attentif aux souhaits de simplicité et sobriété des propriétaires.

À l’Ouest / nord-ouest, la Salle d’eau devenue lac paysager qu’il fallait assainir, reprendra un état historique, à la française.

En 1906, DUCHÊNE commence à réfléchir aux transformations à apporter de l’autre côté, au sud-est, à l’emplacement de l’ancien « jardin anglais » des NICOLAŸ.
Il décide de créer de toutes pièces un dispositif d’une originalité totale mais en parfaite harmonie avec le reste des lieux :

- les quinconces de Marronniers ;

- la pièce d’eau du Fer à cheval :
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- la pièce d’eau de la Baigneuse en surplomb, ornée d’une statue en provenance du parc royal de Marly : la nymphe Aréthuse. Un moulage est venu remplacer l’original de Claude POIRIER (1656-1729), « Trésor national » trop fragile pour rester à l’extérieur (2004), acheté et abrité par le Louvre, en manque de statues pour compléter sa collection portant sur Marly :
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Le « coup de génie » d’Achille DUCHÊNE demeure l’idée d’unifier ses diverses interventions et les anciens aménagements en redistribuant les quatorze gueulards, ces têtes de monstres en pierre sculptée qui encadraient l’antique Salle d’eau. Ils crachent aujourd’hui un peu partout l’eau abondante des nombreuses sources de Courances.

En 1908 sont installées les belles broderies, si représentatives du « style DUCHÊNE » devant la grande façade du château, côté parc — celles en place aujourd’hui.
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Parallèlement à cette grande entreprise de restauration « à la française », Berthe DE GANAY, profitant d’une pièce d’eau un peu encaissée en contrebas du moulin de l’ancienne scierie, entreprenait (avant 1908) d’y créer un précieux jardin anglo-japonais. Le fouillis végétal vint dissimuler la régularité du bassin, une petite île permit de donner de la profondeur à cette création qui s’inscrivait dans la vogue du japonisme des années 1900 (voir les jardins Albert Kahn, Giverny ou Maulévrier). Un peu plus tard, Kathleen LLOYD JONES, une jardinière anglaise élève de Gertrude JEKYLL (l’« inventeuse » de la « mixed-border »), vint prêter mains fortes à la propriétaire pour enrichir cette libre évocation d’un jardin japonais :

La propriété est cédée à Martine DE BÉHAGUE en 1910. Martine DE BÉHAGUE demeure un nom illustre dans le monde des musées. Paris murmurait qu’elle achetait un objet par jour. Une visite au Louvre suffit à convaincre qu’aucun domaine ne lui échappait. Les deux cousines de WATTEAU côtoie une figurine en argent égyptienne, un moulin à café aux trois ors qu’utilisait la Pompadour ou un relief byzantin en stéatite. C’est elle qui a offert le cadre de la Joconde. Et elle encore qui sauva l’Hôtel de Sully, rue Saint-Antoine…

Martine DE BÉHAGUE restaura les lieux sans l’aide de grands noms de l’architecture ou du paysage et y séjourna jusqu’en 1927. C’est elle qui posa les fondations du fameux « Potager » dans l’enceinte du parc de Fleury – tout sauf un potager – avec son Jardin persan. (Elle utilisa le porphyre qu’elle avait fait venir de Syrie pour son théâtre privé à Paris, à l’époque le plus grand en Europe – la « Salle Byzantine » de l’actuelle ambassade de Roumanie.)

Une très grande partie du domaine fut probablement replantée en 1912.

LES RAVAGES DE LA GUERRE

Pendant la guerre de 14-18, Berthe DE GANAY accueille dans le château un hôpital militaire.

De 1940 à 1944, le parc et le château de Courances furent occupés par les Allemands. En partant, ils firent sauter un dépôt de munition qui se trouvait dans le parc…

De 1944 à 1946, les communs abritèrent un camp disciplinaire américain. Les châtelains étaient encore cantonnés à des quartiers restreints dans le château. Un deuxième dépôt de munitions explosa accidentellement en causant encore plus de dégâts. En 1948, l’architecte chargé de l’entretien du château chiffra à 88 millions la remise en état des lieux. L’Etat proposa une indemnité de 7,7 millions…

De 1949 à 1955, le maréchal MONTGOMERY, adjoint au commandant des troupes de l’OTAN, basé à Fontainebleau, s’installa à son tour dans les étages nobles. Il a laissé le mas qui arbore aujourd’hui les couleurs de la famille DE GANAY et (hélas) le très grand billard…

ENFIN PROTÉGÉ

En 1948, l’ensemble du domaine de Courances est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

Entre 1948 et 1954, le marquis DE GANAY, Hubert, fils aîné de Berthe et filleul de Martine, avec son fils Jean-Louis (né en 1922), marié à Philippine DE NOAILLES (née en 1925) s’efforcent de faire disparaître les traces des occupations successives et retirent certains « ornements » ajoutés par l’architecte Destailleur au XIXe siècle (lucarnes, oeils-de-boeuf, cheminées, épis de faîtage).

En 1955, la famille DE GANAY reprend possession de l’ensemble du domaine de Courances.

Abandonné pendant la dernière guerre, le « Japonais » doit sa renaissance à Philippine DE GANAY, nièce de Charles DE NOAILLES et fille de Marie DE MOUCHY, tous deux illustres jardiniers, qui entreprit de nouvelles plantations en privilégiant les arbustes pour mieux jouer des formes et des textures.

En 1978, la vallée de l’École devient un site inscrit.

Alors que le parc l’était depuis la guerre, le château de Courances est ouvert au public en 1982.

En 1983, le domaine de Courances obtient le classement au titre des Monuments historiques.

Visite du château

- le grand vestibule du premier étage, avec une cheminée surmontée d’un médaillon représentant le profil de Louis XIV
- la salle du billard de MONTGOMERY, avec le portrait d’Anne GAILLARD par Beaubrun
- la salle à manger, où avait poussé un arbre dans la période d’abandon du château
- le bureau, avec une belle cheminée du XVIe ou XVIIe siècle
- la bibliothèque du baron HABER. Ensemble de tapisseries aux armoiries de Maximilien de Béthune, duc de Sully, représentant des singes caricaturant les humains.

Visite du Parc

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1- l’Allée d’Honneur, bordée de pièces d’eau dans le style du XVIe s. et de platanes, plantés en remplacement de tilleuls en 1782

2- le château (1628 ; remanié) ; aspect Louis XIII souligné par des briques (1872). L’escalier en fer à cheval a été copié sur celui de Fontainebleau.

3- le canal de la Foulerie (de chanvre) a été mis en place sans doute au début du XVIIe s. par les Clausse ou les Gallard.

4- le jardin japonais.

5- Pièce d’eau de la Baigneuse, le Fer à Cheval, le Quinconces de marronniers : création d’Achille Duchêne au début du XXe siècle.

6- le Miroir : seule création du XVIIIe s. ; broderies de buis de DUCHÊNE

7- le Grand-Canal était le second en France après Fleury-en-Bière : a inspiré celui de Fontainebleau. La Gerbe (avec un jet d’eau autrefois) est un bassin à dix côtés.

8- Les Nappes : XVIe s. Le bassin avec l’enfant à cheval sur un dauphin est l’oeuvre de l’architecte DESTAILLEUR. La Fontaine du Roy : on dit que Louis XIII, lorsqu’il séjournait à Fontainebleau, en faisait venir son eau.

9- Le Rond de Moigny avec une statue anonyme représentant Apollon vainqueur du serpent Python. A côté : une source.

Quelques regrets

- la quasi-totalité du mobilier inventorié a disparu entre 1944 et 1946, pendant la présence américaine, et apparemment pas à cause de l’explosion accidentelle… Et on aurait préféré que l’explosion affecte certaines pièces qui sont restées et bien restées : le très grand billard laissé par MONTGOMERY : on ne voit que lui. Or il n’est pas seulement très grand, mais surtout de trop, tout court.
- la décoration laisse à désirer par endroits. Dans la salle basse, des fleurs en plastique et quelques objets personnels ne donnent pas tant le sentiment qu’on est chez des Gens que celui qu’on est chez des gens.
- conclusion : on peut éviter la visite du château jusqu’à nouvel ordre

Du bonheur en barre

- la salle à manger
- la chapelle, avec des boiseries de 1626 et une Vierge en grès du XIVe siècle récupérée dans les ruines d’une chapelle de Templiers
- le parc et notamment une petite source cachée dans des frondaisons, à droite quand on revient du Rond de Moigny vers le château :
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- le café / pâtisserie pris près du jardin japonais
- conclusion: il peut être sympathique de prendre sa journée et de la laisser s’égrener lentement, après avoir pique-niqué sur place

COURANCES : TANT DE FOIS IMITÉ, JAMAIS ÉGALÉ

Suite à Courances, on a tracé des allées doublées de canaux en eau pour arriver aux châteaux de Coulommiers, Pont-sur-Yonne, Liancourt…
Ces tracés ont disparu : Courances est heureusement resté. Et forme sans doute le plus bel exemple conservé de ce style en France : assurément, et comme on le disait au XVIIIe s. :
Les parterres de Cély (-en-Bière)
Les bois de Fleury (-en-Bière)
Les eaux de Courances
Sont trois merveilles en France.

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Informations pratiques : http://www.courances.net

Domaine de Courances
Rue du Château
91490 COURANCES
Tél : 01 64 98 07 36 ou 06 87 46 78 72


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