visite guidée des parcs, jardins et paysages de Paris



Parc de Sceaux

Oeuvre d’André LE NÔTRE, le Parc de Sceaux date du XVIIe s.

Après qu’il ait déjà officié, semble-t-il, sur ses terres de SEIGNELAY (Bourgogne), André LE NÔTRE est demandé par Jean Baptiste COLBERT, entre autres Surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures de Louis XIV, à Sceaux, baronnie d’une cinquantaine d’hectares qu’il vient de racheter en 1670 aux POTIER DE GESVRES. Le tout premier château sera englobé par le château des COLBERT, admirable -et dont on ne connaît pas l’architecte. Il sera terminé pour 1673 par deux entrepreneurs : Jean GIRARD et Maurice GABRIEL :
IMAGE DU CHATEAU DES COLBERT
Ce château, vendu avec le restant du domaine au citoyen Jean-François Hippolyte LECOMTE, sera bientôt détruit après la Révolution (env. 1798), pour être revendu par l’homme d’affaires en petits morceaux, comme de nombreuses autres constructions et statues du parc.
Un château, beaucoup moins ample que celui des COLBERT étant entendu qu’il n’en occupera que l’emplacement du cors central, ne sera reconstruit qu’en 1856-1862 par Joseph-Michel LE SOUFACHé, pour les nouveaux propriétaires : les TRéVISE (1829-1923). C’est ce château que l’on connaît aujourd’hui, à plusieurs reprises très restauré depuis qu’il a été ravagé par la guerre de 1870.

LE NÔTRE aura travaillé au Parc pendant 20 ans (1670-1699), par tranches successives, au fur et à mesure des agrandissements :
-de 1670 à 1683 pour COLBERT, qui agrandit déjà le domaine qu’il avait acheté, par exemple tout le secteur entre le château et l’église, puis le secteur du Petit Château en 1682 ;
-de 1683 à 1690 pour son fils, le marquis de SEIGNELAY, avec un agrandissement majeur en 1687, qui amène le parc à son maximum de surface (227 ha) ;
-de 1690 à 1699 pour Mme de SEIGNELAY, après la disparition brutale du marquis.

2 axes sous-tendent son dessin, qui se réfèrent tous deux au château :
-l’axe principal, sensiblement Est-Ouest, monte à partir de l’Est, depuis Bourg-la-Reine, passe par la cour, traverse le château au sommet de la colline, et commence à dévaler la pente.
Avant l’agrandissement de 1687, le domaine butait net, peu après le château, à l’emplacement de la future Terrasse des Pintades, sur un mur d’enceinte. Depuis l’agrandissement, l’axe dévale longuement la pente et se redresse un peu pour finir à l’Ouest.

-l’axe secondaire est perpendiculaire au principal, donc sensiblement Nord-Sud, mais il est essentiellement latéral par rapport au château : il se déploie surtout sur sa droite : une cascade (détruite) descend la colline vers le Sud, du château jusqu’au au bassin du Grand Jet, avant qu’une pelouse encadrée d’arbres ne remonte… pour redescendre jusqu’à la grille de l’actuelle Croix de Berny. Dans le creux du creux, LE NÔTRE a remplacé par le bassin de l’Octogone l’étang d’une mare morte. En son centre, la Grand Jet s’élève jusqu’à 25 mètres de hauteur, grâce au dénivelé qui le sépare du réservoir qui l’alimente (actuel Bassin des Lilas). On a donné sur cet axe des fêtes somptueuses. La cours du duc mais surtout de la duchesse du MAINE (1700-1753) s’asseyait sur la pente qui descend de Berny, face à une scène qu’on installait sur le bassin, avec les cascades de LE NÔTRE derrière.

Quand, en 1687, le domaine est agrandi au Sud-Est par le marquis de SEIGNELAY, le successeur de COLBERT, jusqu’à faire 227 hectares, LE NÔTRE revient donner de l’air à son axe principal : il le prolonge vers le lointain à l’Ouest, par le Tapis Vert. Il faudra encore 2 ans de travaux de creusement pour donner une surprise parallèle à l’axe secondaire : Le Grand Canal, long (et plus exactement interminable) de 1 km. Le fond est sur un terrain naturellement imperméable, argileux et marneux.
C’est après la mort subite, en 1690, du Marquis de SEIGNELAY, qu’un entrepreneur achèvera les travaux prévus de rattachement de l’Octogone et du Grand Canal.

S’il n’y avait que ça, on se lasserait peut-être de la promenade :
-des jardins aussi autour du Petit Château ;
-comme le Nord était bucolique, du côté du Pavillon de l’Aurore (1672 Jules HARDOUIN-MANSART ; plafond peint par LE BRUN), depuis que Jean-Baptiste de LA QUINTINIE avait établi un potager clos de murs. Alors qu’à sa livraison, le Pavillon faisait un belvédère latéral, construit en saillie du mur d’enceinte, l’agrandissement au Nord-Ouest du domaine le reporta au centre du potager doublé : bel endroit, décidément, pour un réveil estival (ou même automnal) aux aurores !
-que de surprises au Sud du château aussi, en lieu et place de l’actuelle Plaine de l’Orangerie, vidée ! Au lieu du spectacle affreux des « jeux » et autres attroupements actuels, au-delà de l’Orangerie que Jules HARDOUIN-MANSART, ayant terminé celle de Versailles, édifie en 1686, se succédaient des cabinets de verdure : salle des Marronniers, cabinet des Coquillages, salle des Antiques, fontaine d’Éole et de Scylla, berceau de treillage. Après réflexion, heureusement, finalement, qu’il y a actuellement cette haie taillée improbable, pour barrer barre la vue (et l’ouïe…) à la frontière du jardin parallèle au mur Sud de l’Orangerie !

Il ne reste des constructions du parc des COLBERT et SEIGNELAY que :
-l’Entrée d’Honneur, avec se groupes d’animaux se battant (copies), flanquée des deux Pavillons de Garde entre lesquels on passe par un pont jeté au-dessus de douves sèches au tracé magnifique ;
-l’Orangerie, qui a perdu un pavillon et deux travées à la guerre de 1870 ;
-les Ecuries (très remaniées), avec leur très bel abreuvoir et bain à chevaux ;
-le Pavillon de l’Aurore ;
-le Petit Château, logement des hôtes des COLBERT : monument historique auquel les enduits sur la façade enlèvent beaucoup de l’allure ancienne ;

Du travail de LE NÔTRE :
-le tracé des allées anciennes est plutôt conservé (restaurations) ;
-le bassin de l’Octogone avec son Grand Jet ;
-le Grand Canal.

Ce dessin en H supporte d’autres axes, allées et cheminements, qui rejoignent diversement les différentes cotes de niveau. On a en effet un dénivelé de xxx m entre le château et le point le plus bas.

Quand Paris et sa petite couronne étaient encore réunis sous le nom du Département de la Seine, Jean-Claude-Nicolas FORESTIER, du Service des Promenades et Plantations de la Ville de Paris, après avoir fait racheter Bagatelle (1905), fait racheter Sceaux en 1929. à ses propositions de réaménagement du parc, on préférera celles de Léon AZEMA.

C’est donc AZEMA qui, dans le courant des années 1930, après le lotissement d’une partie du parc qui permettra de trouver des sous, modernise le domaine en restaurant et en simplifiant, tout en conservant de nombreux tracés et aménagements de LE NÔTRE (mais cependant moins que ceux qu’avait prévu de garder FORESTIER).
Il donne les nouvelles Cascades : du pur années 30. Sur les murs d’une grotte d’où l’eau commence à dévaler, 7 mascarons attribués à Auguste RODIN (1878). Initialement prévus pour les jardins du Trocadéro, on préférera les partager entre Sceaux et l’Escalier du Jardin des Serres d’Auteuil.
il conserve (plante ?) des Pins noirs d’Autriche (var. Laricio ?) sont maintenus en travers d’un tapis vert sur un côté du château ou en travers d’une allée.
côté Aurore, une glycine est installée dans un cèdre, dont l’ombre abrite deux statues années 30.
L’espace encaissé entre le joli Pavillon de l’Aurore et le Lycée LAKANAL est redessiné.

On reconnaît une patte années 30 qui tient beaucoup de celle de FORESTIER (cf. jardin d’Iris de Bagatelle), avec les murs et consoles d’if sévèrement taillé (et peut-être pas totalement à l’échelle ?), ainsi que le caissonnement de buis taillé qui reçoit des Iris latéralement et, depuis quelques années, un tapis millefleurs au centre -que je n’adore pas ;

Il fait aussi rapporter de Paris et remonter pierre à pierre la façade (classée) de ce qui sera le Pavillon de Hanovre : c’est le point de naissance de 3 nouvelles perspectives.

Actuellement, le domaine, géré par les Espaces Verts du Conseil Général des Hauts-de-Seine, est une vitrine de gestion environnementale : prairies, moutons invités à tondre les gazons…


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